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Nico and the Navigators entonnent le geste

Après Anaesthesia de Händel et Cantatatanz de Bach, et sa troupe berlinoise Nico and the Navigators poursuivent leurs dialogues entre danse, chant et théâtre avec Silent Songs Werkstatt.

Un travail initié aux côtés de chanteurs et chanteuses de la Theaterakademie August Everding de Munich et de la Hochschule für Musik und Theater de cette même ville. De jeunes et talentueux artistes qui s’approprient, à travers tous les sens, des airs de Händel et des Lieder de Schubert, entre déchirement émotif et espoir recueilli.

ne cesse de faire parler d’elle tant ses productions relèvent de l’insolite. L’artiste, qui recevra en septembre prochain le prestigieux Konrad-Wolf-Preis à l’Akademie der Künste, aime à développer l’improvisation guidée : ses pièces recherchent l’ivresse d’une personnalité dans le geste. De ces impros naît l’essence dont Hümpel se sert pour créer : la confrontation avec les divers aspects d’une partition constitue le point de départ du langage de scène qui est mouvement et voix. Ainsi, chaque protagoniste navigue dans ses scènes, expérimente sa propre corporalité et entre en contact avec autrui.

Nicola Hümpel laisse une grande liberté d’action à ses artistes, les idées sont à la disposition de tous. Sa gestion de l’espace n’a rien à voir avec la mise en scène souvent trop statique d’un opéra classique. Son approche consiste à élargir le spectre des possibles et des genres : entonne Cara Sposa (extrait de Rinaldo, Händel). Une délicieuse nymphomane excédée, dont les yeux parpelégent en adéquation parfaite avec les vocalises. extériorise de cocasses mimiques sur Tu la mia stella sei (extrait de Giulio Cesare, Händel) tout en se renversant une bouteille d’eau sur la tête. Un air chargé de sens et d’émotions qui se traduisent sur scène : la chanteuse se réincarne en fontaine et pleure toutes les larmes de son corps. Dans la même association d’idées, souhaite qu’on la laisse tranquille et entrecoupe son Lied (Du bist die Ruh, Schubert) de cris de détresse. Elle ira même jusqu’à « arabiser » Der Lindenbaum de Schubert, comme pour mieux clamer son identité la plus profonde. La scénographie peut troubler certains qui trouveront ces relations fond/forme trop simplistes, voire trop osées. Quant à la succession de saynètes, elle mériterait d’être parsemée d’éléments diversifiés pour diluer l’effet redondant et par-là même, alléger le propos.

Vocalement, il n’y a rien à redire. Si le ténor s’en sort avec moins de prestance scénique que ses collègues, on accorde une mention spéciale à qui possède un port de voix épatant. Qu’elle soit perchée sur les épaules de ou en fusion corporelle intense (toujours avec celui-ci) sur When I’m laid in earth de Purcell, la soprane maintient de très beaux aigus. Musicalement, les arrangements de et sont discutables, les clavecinistes y trouveront sans doute à redire. Tout est question de goût, il n’empêche que ces choix d’arrangements (frôlant parfois le divertissement et le jazz) rendent les partitions plus accessibles. Notez que la pièce est encore à ses débuts et qu’elle a jusqu’à février 2017 pour se parfaire (présentation au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles) et se finaliser en septembre 2017 (première au Konzerthaus de Berlin) !

 

Photos : ©  Thomas Dashuber ; Vidéo ©