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Tonique radicalité des solos vintage de Vera Mantero

Tout en rendant hommage aux grandes figures de la danse contemporaine (Trisha Brown, Lucinda Childs), le Centre National de la Danse fait revivre le répertoire européen vivace et radical des années 90. Avant La Ribot, Mathilde Monnier ou Maguy Marin, il invite ainsi la chorégraphe portugaise avec trois solos vintage.

, formée à la danse classique dans les années 80, a commencé sa carrière au Ballet Gulbenkian à Lisbonne. Très vite, elle s’affranchit du vocabulaire académique et crée ses premières pièces personnelles. Les solos-manifestes des années 90 sont la partie la plus visible de l’œuvre de cette artiste radicale et inclassable, qui a formé de nombreux danseurs et futurs chorégraphes. Le lui donne l’occasion de présenter en France dans une même soirée trois solos qui tournent encore et qui, chacun à leur manière, montrent une facette du féminin revendicatif de la chorégraphe.

Avec one mysterious Thing, said e.e.cummings*, Vera Mantero est la femme chocolat, le corps entièrement peint en noir en hommage à Josephine Baker, le visage hyper mobile maquillé de paillettes et les pieds juchés sur les pattes d’un faune. On reçoit cette pièce comme lors de sa création il y a vingt ans, mystérieuse, intacte et juvénile.

Plus acide, moins léger dans son interprétation, le solo Perharps she could dance first and think afterwards fait apparaître une personnalité au visage grimaçant. Corps acéré et ultra-tonique, cheveux légèrement grisonnants, la danseuse en vieillissant n’a rien perdu de son mordant, ni de sa musicalité. Dansant entre quatre ex-voto de cire qui fondent au-dessus de lampes à pétrole, elle s’insère entre les boucles de la musique de Thelonius Monk comme un pantin grinçant et désarticulé, au fort pouvoir comique.

La dernière facette du féminin, qu’explore le solo Olympia, est celle de la femme offerte et pensante. Modèle ou courtisane, cette femme qui se glisse dans les draps de l’Olympia de Manet est plus une intellectuelle qu’une femme objet. Entièrement nue, elle lit quelques pages d’Asphyxiante Culture de Jean Dubuffet évoquant l’institutionnalisation de la culture. Corps intelligent, figure indocile n’atteignant jamais l’immobilité, la danseuse retourne à la fin du solo à l’état sauvage.

On se réjouit qu’une jeune génération ait pu s’immerger pour la première fois dans cet univers singulier et essentiel de la danse européenne des années 90.

Photos : © Jorge Goncalves

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