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Cantates sacrées avec Philippe Jaroussky

Pour son premier album en langue allemande, Philippe Jaroussky aborde l’univers de Bach et de Telemann.

Philippe Jaroussky aura donc, pour son nouveau récital (donné récemment au théâtre des Champs-Élysées avec le Concert de la Loge), coché la case « Bach et cantates sacrées ». La face verso de la pochette ne manque pas de nous rappeler, comme s’il s’agissait de l’événement médiatique de la saison, que nous avons affaire au « premier album en langue allemande » de notre contreténor national. Opération « marketing » réussie. De fait, la familiarité de Jaroussky avec l’univers du cantor de Leipzig ne va pas de soi, même si la raison n’en incombe pas particulièrement aux spécificités phoniques de la langue de Goethe, manifestement surmontées. Dès les premières mesures de Vergnügte Ruh, beliebte Seelenlust, c’est l’insuffisance du grave de Jaroussky qui s’impose à l’oreille, le chanteur écrasant les notes les plus extrêmes jusqu’à donner parfois l’impression qu’il éprouve des difficultés à aller au bout de ses phrases. Les ruptures de registre, étonnamment fréquentes, nuisent considérablement à la tenue et à la beauté de la ligne. Plus loin, Jaroussky se bat également avec la tessiture trop basse de Ich habe genug, même si le fameux legato parvient finalement à remporter l’adhésion dans le recueillement de la sublime berceuse que constitue l’air Schlummert ein.

Les deux cantates de Telemann, moins connues du grand public, conviennent davantage à l’instrument de Jaroussky, véritablement libéré dans les envolées et les vocalises des deux airs conclusifs, tout particulièrement le Darauf freuet sich mein Geist sur lequel s’achève le CD. La beauté instrumentale des quatre cantates qui constituent le programme, d’une belle cohérence, est un atout majeur de ce CD dans lequel brillent tout particulièrement le hautbois d’Ann-Kathrin Brüggermann ainsi que le jeu d’orgue de Juan de la Rubia, sollicité pour Vergnügte Ruh, beliebte Seelenlust. Violoniste virtuose, étonnante notamment dans ses duos avec le hautbois de la cantate Jesus liegt in letzten Zügen, Petra Müllejans dirige avec verve et intériorité un des plus beaux ensembles baroques qu’il nous soit donné d’entendre de nos jours.

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