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Gravures d’Elgar miraculeusement remasterisées en stéréo

À partir de diverses prises simultanées sur 78 tours d’Elgar lui-même, le remarquable musicien – ingénieur du son  a réussi ce tour de force miraculeux de nous présenter certaines gravures des années 20-30 du compositeur anglais en vraie stéréophonie. Ce qui est communément appelé « stéréo accidentelle » est plutôt une coïncidence technique dont les ingénieurs de l’époque n’avaient évidemment pas la moindre idée.

Aux balbutiements de l’enregistrement électrique, à partir de 1925, les ingénieurs jouèrent souvent la carte de la sécurité en attribuant à chaque prise de son deux tables de gravure reliées chacune à un microphone ; fonctionnant simultanément, elles produisent deux masters mono dont l’un est considéré comme sauvegarde : si l’un des masters était détruit accidentellement dans le processus conduisant aux pressages, au moins pouvait-on se rabattre sur l’autre. L’idée géniale de notre époque « digitale », initiée entre autre par Mark Obert-Thorn, est de transcrire chaque disque sur chacun des canaux gauche-droite et les synchroniser : les micros de départ étant placés différemment, le playback simultané des deux disques issus de chaque master restitue ainsi l’effet spatial stéréo. Évidemment c’est plus facile à dire qu’à faire, et pour réaliser cela, il faut que la paire de disques soient conservée et encore disponible, ce qui n’est pas toujours le cas.  a pu disposer d’un maximum de « doubles » ayant appartenu initialement à  et actuellement en possession d’, Président de la Branche nord-américaine de la Elgar Society. Le résultat, interpellant et absolument concluant, est présent dans ce coffret.

Évidemment, la position des paires microphoniques était loin d’être optimale pour la stéréophonie comme elle peut l’être actuellement, puisque ce n’était pas prévu pour cela dans les années 20-30 !… Et l’audition au casque du résultat obtenu par Lani Spahr est à la fois exaltante et troublante, car il associe deux techniques différentes d’enregistrement sonore distantes d’une trentaine d’années : le 78 tours mono avec son bruit de fond caractéristique, et la stéréo ayant entraîné la disparition définitive du 78 tours alors que la bande magnétique existait déjà. Dans les deux premiers CDs de ce coffret, Lani Spahr nous a ainsi préservé environ 95 minutes de stéréo véritable à partir de gravures jusqu’à 90 ans d’âge !… Le Concerto pour violoncelle en mi mineur op. 85 d’Elgar s’y taille la part du lion, aux côtés de l’ouverture de concert Cockaigne op. 40, le prélude de l’oratorio The Kingdom op. 51, et diverses pièces de salon. Les deux autres CDs restituent, cette fois en mono, plusieurs prises alternatives d’autres œuvres (notamment la belle Symphonie n° 1 en la bémol majeur, complète), prises non présentes dans la version officielle EMI.

On pourrait estimer les gravures alternatives – dont certaines parfois rejetées par Elgar – défectueuses sur le plan musical : il n’en est rien, en tout cas pour celles présentes dans ce coffret ; tout au plus ont-elles été écartées en raison de l’un ou l’autre bruit d’orchestre ou de studio que nous acceptons bien plus aisément aujourd’hui, étant habitués aux prises de son « live » actuelles. Quelles que soient les enregistrements envisagés, on y retrouve de la part du compositeur cette manière nerveuse et extrêmement vivante, intense et passionnée, d’interpréter ses propres œuvres, et qui reste un modèle heureusement préservé pour la juste appréhension du style d’Elgar par les chefs d’orchestre « modernes » qui l’ont suivi.

En nous offrant de surcroît un inédit (Dream Children op. 43 n°1 dirigé par  le 22 janvier 1934) curieusement absent du coffret EMI Classics, cet album Somm impeccablement réalisé complète idéalement et de manière exhaustive l’édition des enregistrements électriques chez EMI (0956942) et celle des gravures acoustiques chez Music & Arts (CD-1257).