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L’ensemble Traces d’aujourd’hui à l’Église de la Trinité

Fondé en 2015 par le compositeur qui en assure la direction artistique, Traces d’aujourd’hui est un ensemble instrumental à géométrie variable (incluant les ondes Martenot), tout jeune encore mais néanmoins actif, qui se consacre aux musiques des XXe et XXIe siècles. Il ouvre sa troisième saison à l’Église de la Trinité dans le cadre des Concerts du jeudi programmés à l’heure de la pause-déjeuner.

Sept pièces sont à l’affiche, majoritairement solistes, offrant un large éventail de styles et de sonorités : celles de la flûte à bec notamment, jouée par qui débute le concert. Re re record a re pour sopranino du compositeur hambourgeois appartient à un cycle de pièces avec électronique live dont celle pour sopranino peut être jouée acoustique. Avec ses modes de jeu virtuoses, l’énergie du souffle et l’intervention de la voix de l’interprète, ce petit instrument, sous les doigts zélés de , génère une infinité de sonorités bruitées qui rejoignent l’univers électronique, voire le monde des oiseaux volubiles et exotiques. C’est également une écriture oiseau qui se déploie au-dessus des sons multiphoniques de la flûte ténor dans Hommage à Messiaen I de qui nous rappelle que le compositeur de la Turangalîla-Symphonie a également tenu l’orgue de la Trinité durant quelques 60 années. L’œuvre fervente et incantatoire, magnifiquement jouée par Marion Fermé, est donnée en création mondiale.

En quête de spiritualité comme Messiaen, qu’il rejoint dans le groupe Jeune France en 1936, est au programme avec Ascèses. La pièce pour clarinette soliste est donnée par dont la sensualité du timbre magnifie l’épure mélodique et l’expressivité de la ligne tracée par Jolivet. Au saxophone ténor, cette fois, porté par l’acoustique généreuse de l’église, c’est Episode IV de qui est défendue avec panache par . Dessinant une trajectoire aussi libre qu’élégante, la compositrice cisèle son écriture et en renouvèle constamment les articulations. Les deux dernières œuvres font intervenir les ondes Martenot tenues par .

En solo d’abord, elle joue La conquête de l’Antarctique de , compositeur et ondiste lui-même, fin connaisseur de toutes « les saveurs » de l’instrument. En maître de la couleur et de l’évocation, le compositeur met à l’œuvre des vibratos impressionnants, explore les registres extrêmes de l’instrument et fait valoir les qualités spécifiques de ses résonateurs. Autant de techniques de jeu subtilement maîtrisées par . Jean-Claude Wolff associe quant à lui les ondes Martenot à deux clarinettes dans du Psaume 142, la pièce en trio qui boucle le concert. Si le compositeur exploite les glissandi spectaculaires obtenus sur le « ruban » de l’instrument et ses graves abyssaux, il fond également ses sonorités à celles des deux clarinettes, dans des effets de toute beauté évoquant par instants les mixtures de l’orgue. Au côté de Fabienne Martin, s’est associée à pour interpréter cette dernière pièce balançant entre élan jubilatoire et sombre lamento.

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