ResMusica - Musique classique et danse
- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Froberger, Opera omnia par Simone Stella

La présente édition propose la totalité de l’œuvre pour clavier de , y compris quelques pièces périphériques réunies ici pour la première fois. L’orgue et le clavecin traduisent le discours d’un génie du clavier, peut être le plus grand avec Sweelinck, dans les générations qui précédèrent Bach.

Il aura fallu pas moins de 16 CDs pour graver l’œuvre immense de l’un des plus géniaux musiciens allemands du XVIIe siècle. Il est vrai que l’époque s’y prête et que les plus grands livres d’orgue et de clavecin datent de ces années magiques. Grâce à ses nombreux et célèbres voyages, Froberger, né à Stuttgart, sillonna l’Europe et, par l’invention de son écriture ainsi qu’une rhétorique hors du, commun se hissa au sommet d’un art qui nous amène presque directement à Bach.

On retrouve dans son œuvre les divers courants stylistiques européens et en particulier bien entendu, ceux de l’Italie et de la France. L’Italie d’abord où il étudie auprès de Girolamo Frescobaldi, le grand maître du clavier, organiste du pape à Rome. Par la suite ses voyages l’amène en France où il intègre le style des clavecinistes français Champion de Chambonnières et Louis Couperin qui devint son ami. Reparti à Dresde en Allemagne, il partage la musique avec Matthias Weckmann, l’organiste de Heinrich Schütz, et cultive l’art allemand de la Partita.

Toutes ces fréquentations musicales engendrent chez Froberger des pièces de styles divers depuis la Toccata frescobaldienne à la fois volubile au clavecin ou recueillie à l’orgue pour les élévations, jusqu’aux Préludes non mesurés et les Tombeaux tels que les pratiquaient les français. On remarque même que ses modèles d’écriture dépassent souvent les originaux tant cet auteur, par un esprit germanique rigoureux, fait merveille dans la synthèse de nouveaux édifices sonores.

aborde avec courage cette montagne. Ses interprétations à l’orgue sont tout à fait remarquables par un style juste et autorisé. Il a choisi trois orgues historiques italiens de premier choix et un quatrième moderne de style germanique. Le style italien des toccatas s’accommode à merveille de ces orgues anciens au tempérament rude mais indispensable à cette musique pour en goûter tout le sel. Dans cet océan de pièces, il suffit d’en repérer une ou deux déjà familières grâce à d’autres enregistrements et on réalise aussitôt un art achevé du toucher baroque, gorgé d’une agogique qui nourrit le discours à chaque instant.

Pour le clavecin, cette magie ne se retrouve pas, non pas parce que le jeu de l’interprète aurait changé, mais bien à cause du clavecin lui-même, qui n’offre qu’un son terne et monotone. Sans doute plusieurs instruments auraient apporté plus de relief et surtout une prise de son plus fouillée et aérée aurait sans doute donné une autre impression à cette partie de l’intégrale. Par chance, l’orgue est plus souvent présent et cette production est la première qui propose l’ensemble des pièces connues à ce jour, d’où un nombre de disques qui dépasse de loin les autres réalisations. C’est une nouvelle intégrale à connaître surtout pour les orgues inédits, sans oublier les grands enregistrements du passé : Gustav Leonhardt, Richard Egarr et plus récemment l’excellente intégrale de Bob van Asperen chez Aeolus.