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Gergiev à Munich, trop poli pour Mahler

Le bouillonnant Gergiev se serait-il trop assagi ?

L’arrivée de comme directeur musical de l’ en 2015 avait suscité des oppositions on ne peut plus compréhensibles ; au-delà de la politique, cependant, où en est ce début de mandat après un an et demi de travail en commun ? Pour qui s’attendrait à retrouver la spontanéité éruptive, pas toujours rigoureuse mais constamment énergique qui a fait sa réputation, ce concert a de quoi décevoir.

Dans la première partie, bien sûr, son rôle se limite à accompagner . Les avis restent partagés sur la valeur musicale des concertos de Rachmaninov, mais on s’accordera sans doute à voir en Trifonov leur interprète idéal, très peu soucieux d’étaler sa virtuosité au grand jour, et pourtant si virtuose que, dans les plus grandes difficultés techniques, son toucher demeure d’une extrême délicatesse, chaque note valant pour elle-même. Aucune œuvre n’est pourtant si propice à noyer l’auditeur sous des océans indistincts de notes : Trifonov, lui, comme toujours, fait de la musique.

Après l’entracte, la question Gergiev retrouve toute son acuité. Et la réponse n’est pas forcément celle qu’on attendrait. L’orchestre, c’est un fait, est soigneusement tenu, et Gergiev ne déstabilise jamais ses musiciens comme il a pu le faire par le passé. Le son de l’orchestre est beau, chaleureux même. Où est donc le problème ? C’est que, hélas, ce Mahler manque cruellement d’âme. Les deux premiers mouvements sont pris à un tempo particulièrement, disons, confortable ; les grands effets dont la partition n’est pas avare sont préparés plus que de raison, le volume sonore est parfois excessif (les timbales !), mais l’ensemble est surtout terriblement convenu. Gergiev ne livre ici qu’une lecture cursive soignée mais sans vie, et si les solistes de l’orchestre peuvent déployer en confiance leurs talents, ils ne sont pas vraiment encouragés à sortir de l’anonymat. Ce soir, à Munich, Titan se reposait.

Photo : Astrid Weber