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Enfin l’ouvrage de référence en français sur le Philharmonique de Vienne

Passionnante et novatrice, cette biographie de l’ retrace l’histoire de cette formation d’exception (que beaucoup considèrent comme le plus bel orchestre du monde) à partir des musiciens qui l’ont composée et la composent encore, et non des chefs qui l’ont dirigée. Le résultat fourmille d’anecdotes parfois inédites mais n’exclut pas une réflexion enrichissante sur l’esthétique propre à cet orchestre.

Le titre de ce remarquable ouvrage résume bien son propos et son ambition : tracer l’histoire des Wiener Philharmoniker non à travers leurs chefs successifs mais à travers les musiciens qui constituent cet ensemble unique au monde. L’auteur, germaniste aguerri, confie avoir passé des heures dans les archives de l’orchestre pour dresser la liste des musiciens qui le composent depuis sa création en 1842. Structure juridique originale, les Philharmoniker sont une association de musiciens de l’opéra constituée pour donner des concerts. D’où la permanente oscillation qui jalonne leur histoire entre l’opéra dont sont membres tous les musiciens et l’orchestre qui n’en retient qu’une (forte) proportion. À l’origine des tensions qui marquent cette histoire, une question financière évidemment, les Philharmoniker tirant leurs revenus du partage des recettes de concerts et étant peu enclins de ce fait à élargir leur cénacle. On suit avec intérêt les démêlés des musiciens entre eux et avec l’administration . Au-delà des anecdotes nombreuses, des pratiques aujourd’hui désuètes et surprenantes (l’interchangeabilité des altos et des violons au siècle dernier, car il n’existait pas de classe d’alto au conservatoire, et, plus incongru encore, le rattachement des trombones et tubas à la classe de contrebasse au nom de la tessiture !), des rivalités peu glorieuses (qui valurent à Kreisler d’être refusé lorsqu’il se présenta pour devenir Konzertmeister), on retient surtout une réflexion enrichissante sur la spécificité stylistique de l’orchestre (l’expression plutôt que la précision) et son opposition avec les grands rivaux allemands (et surtout berlinois). Mais l‘auteur ne cache pas aussi que cette spécificité ne signifie nullement l’uniformité, tant les styles imprimés par les chefs varient. Il se penche aussi longuement sur la période troublée du nazisme.

L’ensemble constitue un ouvrage passionnant, malgré des passages qu’on consultera plus qu’on ne les lira volontiers (la comparaison assez fastidieuse et récurrente des effectifs par pupitre), et des redites entre le texte principal et la conclusion (de près de soixante-dix pages !) qui constitue plus un résumé des pages précédentes qu’une conclusion stricto sensu. On déplorera enfin quelques coquetteries de style parfois agaçantes (comme les lecteurs du Figaro le savent, emploie toujours un pluriel de majesté pour parler de lui). Broutilles au regard d’une somme aussi passionnante qu’indispensable et novatrice.