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Somptueux programme russe au festival de Pâques de Deauville

Comme chaque année, le festival de Pâques de Deauville permet de retrouver jeunes talents et artistes confirmés communiant ensemble au service de la musique. Le week-end des 21 et 22 avril nous a offert un somptueux programme russe et un moins convaincant programme baroque autour de deux claviers. C’est le prix à payer pour une programmation toujours inventive et originale.

Pour sa vingt-et-unième édition, le festival de Pâques de Deauville programmait, selon les bonnes habitudes d’Yves Petit de Voize, son infatigable et enthousiaste directeur artistique, de jeunes musiciens encadrés et soutenus par des aînés bienveillants et protecteurs. Le vendredi 21 avril, un programme russe nous réservait une soirée somptueuse. Le sombre et amer Quintette de Dimitri Chostakovitch imposait l’exceptionnelle musicalité de Liya Petrova, magnifique violoniste à la justesse impeccable et à la musicalité inspirée. Avec Adrien La Marca et Jérôme Pernoo, le dialogue s’établissait d’emblée au plus haut niveau. Seule réserve, peut-être due à l’acoustique trop généreuse de la salle Elie de Brignac (en d’autres temps la salle de vente des yearlings) à moins que ce ne soit l’écriture très chargée du maître russe, le piano de Jérôme Ducros qui, comme Jérôme Pernoo appartient à la glorieuse génération des artistes présents dès l’origine du festival, avait tendance à écraser de sa puissance massive les sonorités du quatuor. Avec le sextuor « souvenirs de Florence » de Piotr Ilitch Tchaïkovski, cette réserve disparaissait d’elle-même. Cette fois, l’entente entre la première violoniste, le premier alto, et le violoncelle du jeune Bruno Philippe à qui son maître Jérôme Pernoo avait laissé avec générosité la première partie nous valait une exécution éblouissante, notamment dans le ravissant Adagio cantabile.

Le lendemain, on attendait beaucoup de Justin Taylor accompagné par son petit groupe de cordes baptisé the Taylor Consort. Mais notre attente n’a pas été récompensée. Si les pièces de Jean-Philippe Rameau, au clavecin seul puis en trio avec violon et viole de gambe montraient les affinités du musicien avec le grand style français, en revanche le concerto BWV 1052 de Johann Sebastian Bach interprété avec un seul instrument par partie souffrait de la maigreur de cet effectif qui, paradoxalement, conférait un caractère brouillon et non pas transparent à ce chef d’œuvre. Après l’entracte, le clavecin cédait la place à un pianoforte sur lequel Justin Taylor (en récital cette semaine au Théâtre Grévin) se montrait manifestement moins à l’aise. La sonate K 284 et surtout le grand quatuor K 493 de Wolfgang Amadeus Mozart souffraient d’une absence de son et de justesse des cordes qui n’a pourtant rien d’inévitable aujourd’hui pour les interprétations « historiquement informées ». L’expérience de ce concert à deux claviers différents était séduisante, mais à ce stade elle est inaboutie pour ces interprètes manifestement « chez eux » dans Rameau plus que dans Bach ou Mozart.

Crédits photographiques : Jérôme Ducros, Liya Petrova, Perceval Gilles, Adrien la Marca, Jérôme Pernoo © Claude Doaré

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