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Adrian Boult en vidéo sacrée pour Edward Elgar

La parution en DVD de l’oratorio The Dream of Gerontius (Le Songe de Gerontius) op. 38 d’ par l’un de ses plus grands interprètes, Sir (1889-1983), est historiquement inestimable et une véritable aubaine, non seulement pour tout amateur de grandes fresques religieuses, mais pour les mélomanes un tant soit peu prospecteurs.

En effet si l’œuvre est plutôt populaire en Angleterre, elle est loin de l’être tout autant sur notre continent, et là réside le paradoxe : la partition est accueillie avec enthousiasme, encensée par Richard Strauss, lors de sa première européenne dirigée par Julius Buths le 19 décembre 1901 à Düsseldorf, alors qu’elle fut reçue fraîchement à sa création le 3 octobre 1900 sous la baguette peu concernée d’un Hans Richter mal préparé lors du festival triennal de musique de Birmingham…

L’œuvre, basée sur un poème du cardinal John Henry Newman (1801-1890), décrit le parcours erratique et les tourments de l’âme d’un vieillard juste après la mort, avant d’être présentée devant Dieu pour son Jugement. Une écoute approfondie de l’oratorio d’Elgar, un temps considéré sur notre continent comme long, indigeste et ennuyeux, balaie totalement ces appréciations négatives, révélant une partition certes complexe, mais élaborée avec subtilité et grande sensibilité, s’éloignant de la musique chorale britannique traditionnelle par l’influence mystique très nette du Parsifal de Wagner.

Il existe une bonne dizaine d’enregistrements du Songe de Gerontius, à commencer par ceux d’Elgar lui-même, malheureusement incomplets ; Sir Malcolm Sargent fut le tout premier en 1945 à le graver intégralement, et cela reste une référence essentielle (Testament SBT2025). En disque, Sir y viendra tardivement (EMI, 1975), après Sir John Barbirolli (EMI, 1964) et Benjamin Britten (Decca, 1971). Mais Boult sera le tout premier à graver la trilogie chorale d’Elgar : The Dream of Gerontius, The Apostles (Les Apôtres) et The Kingdom (Le Royaume), ce qui corrobore les propos d’Elgar lui-même à son sujet : « Ma réputation à l’avenir est sûre entre vos mains. Dieu vous bénisse ! »

La captation TV en couleur dans une cathédrale du Dream of Gerontius par la BBC en mars 1968 est très probablement une première technique pour un concert de cette importance retransmis à la télévision. Il est intéressant de constater que Boult s’est adjoint l’excellente mezzo-soprano , déjà présente dans la gravure dirigée par Sir John Barbirolli en 1964 (EMI), tandis que les voix d’homme sont celles dont disposerait ensuite Benjamin Britten chef d’orchestre en 1972 pour son enregistrement chez Decca : son ami le ténor et l’admirable baryton-basse , superbe en Prêtre et en Ange de l’Agonie. Adrian Boult fera d’ailleurs ce bel éloge : «  et ont été la perfection même et je ne pense pas que la vieille garde pourrait les surpasser. » Mais pour qui semble guindé et moins à l’aise dans le rôle de l’Âme de Gerontius, il sera moins élogieux : « Peter Pears m’a surpris aussi, il a commis plusieurs fautes dans le texte… »

Ce DVD, représentant le seul film existant de Boult dirigeant The Dream of Gerontius, est idéalement complété par un excellent documentaire d’une heure produit en 1989 par la BBC, consacré à Sir Adrian Cedric Boult pour le centième anniversaire de sa naissance, et présenté avec affection par celui qui fut son élève et chef associé, le regretté très grand chef britannique (1930-2008), si dévoué tout comme son maître à la musique de ses compatriotes. Ce documentaire donne également l’occasion d’entendre les opinions de personnalités telles que la harpiste Sidonie Goossens (sœur du chef d’orchestre Sir Eugene Goossens), Sir Colin Davis, André Previn, Robert Simpson et Malcolm Williamson. On déplorera seulement que le DVD soit uniquement en anglais avec absence de tout sous-titre, tant pour le concert que pour le documentaire…

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