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Les Contes d’Hoffmann à Metz, entre sobriété et démesure

Inspirée de l’esthétique de Tim Burton, la mise en scène de Paul-Émile Fourny convient parfaitement au chef d’œuvre d’Offenbach. Plateau inégal en revanche pour un opéra toujours difficile à distribuer.

Paul-Émile Fourny n’a jamais caché sa fascination pour l’univers de Tim Burton, et sa nouvelle mise en scène des Contes d’Hoffmann s’en ressent fortement. Davantage que pour de précédents ouvrages, l’atmosphère fantastique du chef d’œuvre d’Offenbach épouse à merveille, notamment pour le choix des costumes, des perruques et des couvre-chefs, une esthétique qui repose à la fois sur le goût du gothique, sur la primauté du kitsch et sur la mise en avant de l’expressionnisme. Une armée de figurants participe à la saturation scénique d’un plateau particulièrement encombré pour cette mise en scène haute en couleurs. Situé dans un décor unique pourtant, une arrière-cour fermée par trois façades de maison peintes sur un rideau de tulle, mais donnant sur des passages qui ouvrent l’espace, le spectacle est marqué, côté jardin, par la présence d’un théâtre dans le théâtre dans lequel démarrent et finissent les trois histoires. À la fin de l’épilogue, le rideau de fer de ce castelet baroque symbolise la mort d’Hoffmann et le terme de sa quête amoureuse.

Car c’est une vision centrée sur le drame intérieur du personnage que propose cette mise en scène, qui prend le parti de mettre en valeur la rivalité entre la muse inspiratrice du poète et les trois incarnations féminines dont il est épris. La Muse / Nicklause joue donc un rôle central, le costume emblématique de la Callas dans Tosca dont est vêtue l’inspiratrice faisant pendant à celui de Stella à la fin de l’ouvrage. Le choix de la version retenue, celle qui fait passer l’acte de Giulietta à la fin, conforte l’importance de ce rôle fondamental. Dans une telle optique, le fait assez rare de confier les quatre rôles féminins à une interprète unique, comme cela se fait couramment pour les quatre incarnations du diable et du valet, devient lourd de sens, même si l’écriture vocale des quatre personnages fait appel à des qualités et des caractéristiques qui ne sont pas forcément conciliables entre elles.

La cantatrice française , si rare sur nos scènes nationales, se tire avec honneur de ce pari, même si son soprano essentiellement lyrique convient davantage à la figure d’Antonia dans l’acte central. La poupée du l’acte d’Olympia manque quelque peu de brio, et il manque à Giulietta la sensualité que seules lui confèrent les vrais mezzos. Et si l’on apprécie les subtiles demi-teintes de l’acte d’Antonia, il manque à cette voix le caractère pulpeux auquel nous ont habitués d’autres interprètes. Dans les quatre incarnations diaboliques, le baryton chilien d’origine cubain fait valoir lui aussi un instrument savamment conduit et de belle qualité, mais sa voix manque de projection et la diction française reste perfectible. Tout le contraire de , dont le chant un peu fruste est couronné d’aigus ardents mais tonitruants. Si seulement il chantait avec autant de musicalité qu’il joue de la trompette… Très investi sur le plan scénique, le Nicklause de , un peu « brut de décoffrage », gagnera sans doute en subtilité dans les années à venir. Parmi les rôles secondaires, dans l’ensemble tous bien tenus, on notera le beau Crespel de , jeune chanteur à suivre. Très belle prestation également des chœurs conjugués de Metz et Nancy, direction superlative de à la tête d’un particulièrement à l’aise dans le grand répertoire de la deuxième moitié du XIXe siècle. Belle fin de saison, donc, pour un ouvrage qu’on gagne toujours à voir et à réentendre.

Crédit photographique : et (photo 1) ; et (photo 2) © Arnaud Hussenot – Metz Métropole

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