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Nuit, théâtre, histoires d’amour et de guerre avec Monteverdi et le Concerto italiano

Tout le contraire de récentes parutions, cette nouvelle version des grands madrigaux de Monteverdi se caractérise par une théâtralité affirmée. et le nous emmènent vers de nouveaux sommets.

Notre précédente chronique des madrigaux de Monteverdi par Les Arts Florissants mettait le doigt sur le manque de théâtralité de la direction de Paul Agnew et de la performance des principaux chanteurs. C'est donc à point nommé que nous arrive cette nouvelle version, due cette fois-ci à et au . Loin d'être une compilation de précédents enregistrements par les mêmes interprètes, cet album est constitué de captations récentes, construites autour d'un passionnant projet artistique destiné à mettre en valeur, dans l'œuvre de Monteverdi, la thématique de la nuit, de la guerre et de la passion amoureuse. C'est sur un fascinant « Hor che'l ciel e la terra », composé à partir d'un sonnet de Pétrarque, que démarre cette formidable démonstration de rhétorique, autant verbale que musicale. La subtile architecture des volumes sonores confère au madrigal polyphonique un dramatisme rarement atteint. De façon similaire, le Combattimento est l'un des plus passionnés que l'on ait pu entendre ces dernières décennies, et rarement le mariage d'Éros et de Thanatos aura été consommé avec une telle puissance. En toute logique, le parcours initiatique se poursuit avec le lamento « Vivrò fra i miei tormenti e le mie cure », une pièce écrite près de quarante ans auparavant au cours de laquelle Tancrède pleure la mort de Clorinde. Et le Lamento della ninfa, paradigme de la femme abandonnée, chante autant la révolte de l'amante délaissée que le désespoir lié à l'abandon. Le programme, avec le madrigal « Quando l'alba in oriente », s'achève sur l'arrivée de l'aube et la perspective de jours meilleurs. Mais c'est de la nuit et de ses pouvoirs de fascinations que l'auditeur restera demandeur.

L'interprétation, on l'aura compris, est de la plus grande qualité, même si les voix n'ont pas la beauté intrinsèque de celles que l'on trouve sur de précédentes versions. Au moelleux des timbres se substituent donc l'intelligence du texte et la finesse de l'interprétation. Maître absolu des rythmes, des colorations instrumentales et des édifices architecturaux, Alessandrini emmène vers de nouveaux sommets ses musiciens du . Un Monteverdi pour rêver, vibrer et aimer, pour vivre et mourir.

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