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Stravanganza d’amore ! Formidable fresque florentine de Pygmalion

Délice absolu que ce dernier coffret de Pygmalion intitulé à juste titre Stravaganza d’amore !, vaste fresque historique et lyrique florentine de la fin du XVIe siècle. Interprétation brillante, programmation excellement menée et intelligente, livret foisonnant d’informations dans l’univers particulièrement jubilatoire des fêtes de la cour de Médicis… Pour les amoureux d’opéra ou les autres, cet enregistrement inventif et audacieux se révèle incontournable, assurément.

Ces deux disques présentent un somptueux programme autour des prémices de la musique baroque italienne, fondés sur le concept de l’intermedio florentin. Entre 1589, année de création des intermèdes de La Pellegrina, et 1611, date de la représentation florentine de la Dafne de , et Miguel Henry ont pioché dans plusieurs pages musicales existantes de cette période, pour les agencer et reconstruire non pas une, mais quatre œuvres nouvelles. Cette technique n’est pas nouvelle : depuis le XVIe siècle, elle a été usitée par les plus grands noms de la musique baroque. Quatre intermedii imaginaires sont donc ainsi créés, comme une grande fresque initiatique entre mythologie et fastes de la cour des Médicis, faisant ressurgir de nombreuses pages présentées comme le berceau de l’opéra. Entre les madrigaux et les débuts de la monodie, les sinfonie et le premier recitar cantando, les lamenti et les grands chœurs polyphoniques, l’idée se révèle inventive et variée. Brillamment portés par un chœur grandiloquent de vingt-quatre voix et sept solistes où chaque personnalité est clairement caractérisée, dont Lucile Richardot qui nous a récemment marquée au Théâtre de Caen dans Arsilda et qui brille particulièrement dans son duo avec Qui di carne si sfama, ou encore , magnifique interprète de Lassa, che die spavento, extrait de l’Euridice de Peri, l’interprétation de Pygmalion se révèle sensible, élégante, théâtrale et dramatique, constamment animée d’une joyeuse exaltation qui sait se contenir dans les moments les plus introvertis. Sources multiples, couleurs et tonalités hautes en couleurs… C’est pourtant une grande homogénéité qui transparaît à l’écoute, une impression d’évidence qui est un formidable aboutissement.

Cette expérimentation de Pygmalion fait brillamment écho au laboratoire humaniste qu’était Florence à l’époque, où l’alliance parfaite entre la poésie et la musique semblait être le fabuleux projet de ces intermedii de plus en plus grandioses. Le merveilleux et le spectaculaire de ces divertissements y faisait de plus en plus d’ombre aux pièces de théâtre qui initialement les portaient. À l’apogée de cette tradition florentine, les intermèdes de La Pellegrina, comédie de Girolamo Bargagli, sont les plus connus même s’ils apparaissent comme une redécouverte dans ce disque, l’approche de se révélant particulièrement singulière par rapport aux enregistrements qui l’ont précédée. Pour cette raison déjà, ce disque mérite une attention toute particulière.

En guise de conclusion joyeuse et triomphante, O che nuovo miracolo, dernier extrait de La Pellegrina, clôture ce projet haut en couleurs et se révèle à l’image de l’ensemble de ce travail : brillant !

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