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Les Sonates de Fauré et Franck par Nelson Goerner et Tedi Papavrami

Alors qu’ils ont récemment réalisé une tournée de concerts avec les œuvres de ce nouvel album, et livrent au CD leur programme de sonates de deux compositeurs de la période romantique française, et . Le piano fluide et poétique de soutient le Stradivarius 1727 prêté par la Fondation LVMH à , instrument aux sonorités parfois acides.

Largement mis en avant par une prise de son souhaitant montrer que le violon est l’instrument dominant des trois sonates de l’album, l’archet de Tedi Papavrami dévoile dès l’Allegro Molto de la Sonate en la de , et plus encore à l’Andante, des respirations expansives (en plus de celles du violoniste lui-même, audibles lorsque l’on écoute au casque ou sur un matériel hifi de qualité), bien que le piano de Nelson Goerner semble plus aérien, plus libre et plus sensible. L’Allegro Molto démontre toutefois une véritable complicité de deux artistes agiles, à même de se jouer de la dextérité de toutes les parties des trois pièces présentées, mais là encore et surtout dans le Finale, le piano s’exprime plus ouvertement.

Composée bien plus tard que la Sonate n°1 op.13, la Sonate n°2 en mi mineur op.108 affiche aussi la technique d’un compositeur moins naïf, plus trouble et évidemment plus mature, non seulement dans un style de composition plus personnel, mais aussi dans son rapport aux choses et au monde. Les arpèges du piano à l’Allegro non troppo trouvent une sonorité aquatique dans le doigté toujours superbe de Nelson Goerner, cette fois-ci légèrement dépassé dans l’autonomie du geste par le violon de son comparse.

La Sonate en la de reste plus célèbre que les deux partitions de Fauré et possède par la même occasion plus de références enregistrées. Les deux artistes y démontrent ici encore une excellente cohésion, même si le piano reprend pour lui la poésie, grâce à des sonorités moins froides que le violon, la présentation du premier thème par Papavrami manquant de chaleur, sans doute en partie à cause d’un Stradivarius vite amené à tirer vers l’aigu. Pris très rapidement, l’Allegro surprend et ne laisse pas le son s’épancher autant qu’avec d’autres, quand le Recitativo suivant prend à l’inverse tout son temps pour présenter la partition de façon étale. Le magnifique thème principal trouve toute sa force dans une proposition presque plaintive de Papavrami, de laquelle le pathos est pourtant exclu.

Basée sur une forme cyclique chère au compositeur, la Sonate de Franck s’achève avec un retour aux thèmes déjà exposés, pour un Allegro poco mosso qui donne ici libre cours aux jeux des deux artistes. Il reste alors à mettre cet album face aux références pour trouver un intérêt véritable dans les nouvelles options de discours proposées ici, tout en pouvant préférer chez César Franck les violons d’Augustin Dumay, Christian Ferras ou Arthur Grumiaux et chez Fauré les duos Shlomo Mintz et Yefim Bronfman, Arthur Grumiaux et Paul Crossley ou Zino Francescatti et Robert Casadesus.