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Transcriptions romantico-symphoniques par Loreto Aramendi à Saint-Ouen de Rouen

La jeune organiste basque Loreto Aramendi, titulaire du célèbre orgue Cavaillé-Coll de San Sebastian (Espagne) a choisi le mythique instrument de Saint-Ouen de Rouen pour nous proposer un très intéressant programme de transcriptions puisées dans le grand répertoire romantico-symphonique. 

À San Sebastian, Loreto Aramendi est l’heureuse titulaire d’un orgue (1863) dans la basilique Santa Maria del Coro. Cet instrument précieux et intact se rapproche complètement de celui de l’église Sainte-Clotilde à Paris à l’époque de César Franck. Le présent album de deux CDs exploite les ressources d’un autre chef d’œuvre de Cavaillé-Coll, en l’église abbatiale de Saint-Ouen de Rouen. Sommet absolu de l’art de ce créateur, cet instrument est naturellement très enregistré depuis de longues décennies. Par chance, et grâce à un entretien régulier sans restauration radicale à haut risque, il présente encore et toujours des qualités sonores de tout premier plan, ce qui n’a pas toujours été le cas, de vieux disques en étant parfois les témoins. Daté de 1890, il représente l’apogée du style symphonique français, idéal à servir toute une littérature originale, transcrite ou improvisée. L’acoustique le porte très haut, comme le prouve le présent enregistrement qui le capte avec vérité, espace et profondeur. Toute la magie orchestrale opère sous la palette colorée du facteur d’orgue. On rapporte la phrase célèbre de Widor : « Il y a du Michel-Ange dans cet orgue, c’est redoutable ! »

Loreto Aramendi propose un programme très attrayant sous le signe de la transcription. L’orgue en lieu et place d’un grand orchestre symphonique avec ses divers pupitres, ses fanfares, ses percussions, se prête à ce tour de magie sonore au service de quelques pièces emblématiques. La Danse macabre de Saint-Saëns, Funérailles de Liszt, L’île des morts de Rachmaninov, Pelléas de Fauré, adaptées parfaitement par Louis Robillard sonnent si magnifiquement que l’on en vient même à oublier qu’il s’agit d’orgue… L’illusion est totale!

D’autres pièces émeuvent, dont la montée en puissance sur les jeux de fonds du chœur de Tannhäuser de Wagner, ou quelques aspects mélodiques de la Suite « Pelléas et Mélisande » de Fauré. Bach semple un peu plus perdu dans cet océan sonore avec la Sinfonia de la cantate BWV 29, ou les plein-jeux prévus à d’autres usages ne peuvent rivaliser avec ceux des instruments baroques allemands.

Loreto Aramendi aborde ces fresques sonores avec conviction et un art du discours solide qui projette loin devant les intentions profondes des textes originaux. L’exemple de Funérailles de Liszt montre à quel point cette œuvre pourtant si tragique au piano peut se révéler immense et céleste sur l’instrument roi. L’interprète nous en donne là une version de référence. Le trio Rachmaninov-Robillard-Aramendi aboutit à une réussite portée à son paroxysme avec le poème symphonique de Rachmaninov. L’orgue a rejoint l’orchestre le dépasse même parfois dans la subtilité des nuances, et des climats irremplaçable de la longue nef de Saint-Ouen.

Les sonorités et les couleurs orchestrales, captées magnifiquement dans la vaste acoustique de Saint-Ouen rendent ce récital accrocheur et profondément abouti.

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