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La danse limpide d’Angelin Preljocaj dans La Fresque

La Fresque est un spectacle de danse. Cela peut paraître banal. Mais ils sont aujourd’hui si rares que l’on ne peut que se réjouir. est désormais l’un des seuls chorégraphes en exercice capable de maîtriser parfaitement une écriture chorégraphique et d’en agencer les mouvements dans l’espace.

L’histoire de La Fresque, inspirée du conte traditionnel chinois La peinture sur le mur est simple. Un jeune homme tombe amoureux d’une femme peinte sur une fresque, traverse le mur et rentre à l’intérieur de la peinture pour vivre une histoire d’amour avec cette femme. En épurant sa dramaturgie à l’extrême, notamment pour que le ballet soit vu par un public jeune, dès 9 ans, en fait un argument moderne, proche du rêve.

On y retrouve plusieurs des thématiques qui ont occupé le chorégraphe dans ses précédents ballets : la préparation au mariage, comme dans Noces, mais aussi la naissance du couple et la notion d’élu développée dans Roméo et Juliette. Ce conte oriental tisse un lien tout particulier avec le fétichisme des cheveux, que les femmes portent longs. Cette parure féminine est valorisée dans de nombreuses cultures et se traduit dans ce spectacle par de multiples lectures. La designer utilise des mèches flottantes en noir et blanc pour concevoir un habillage visuel du spectacle en vidéo, très réussi. Dans d’autres tableaux, les femmes jouent de leurs cheveux ou s’entortillent autour de filins pour s’élever dans les airs. C’est le couturier , récemment disparu, qui avait signé les costumes de La Fresque, robes très féminines et costumes de guerriers frappants. La série de représentations au Théâtre de Chaillot lui est dédiée.

Du côté de la danse, les cinq danseurs et les cinq danseuses engagés dans ce projet se succèdent dans des tableaux non mixtes. Parfois, ils se rejoignent dans des diagonales de couples, des duos ou des solos, autant de figures imposées dans le ballet contemporain que le chorégraphe manie avec un art consommé de la composition. Qui veut faire simple prend le risque d’être un peu simpliste et sans aspérités. La musique électronique de , ponctuée de percussions, s’étire parfois un peu trop. Le spectacle, malgré son rythme lent, tient pourtant par la remarquable écriture chorégraphique et la redoutable efficacité de ses interprètes.

Crédit photographique : © Jean-Claude Carbonne

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