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Hommage à Gilbert Amy par les étudiants du CNSM de Lyon

Cet album consacré à la musique de chambre de est à l’initiative de , clarinettiste, saxophoniste et professeur de musique de chambre au Conservatoire National Supérieur de Lyon. Il est entouré de sept jeunes instrumentistes, étudiants ou diplômés de cette même institution lyonnaise, pour rendre un hommage à celui qui en fut le directeur jusqu’en 2000.

Le temps du souffle, titre qui s’affiche sur la pochette du CD, est aussi celui de deux pièces parmi les six de ce nouvel album. Si les œuvres réunies embrassent quelques quarante années de la carrière du compositeur, de 1971 à 2011, elles n’en révèlent pas moins des constantes stylistiques évidentes : goût pour les associations de timbres atypiques, trajectoires ciselées et fermement conduites, mise à l’œuvre de tous les paramètres du son, registres, dynamiques, modes d’attaques, allures, entretiens, pour explorer les ressorts expressifs de la matière. En témoigne la pièce pour harpe seule En Harmonies (1995), d’une belle envergure sonore sous les doigts d’. L’écriture s’aventure hors des sentiers battus sans jamais dénaturer le son de l’instrument.

Jeux était originellement dédié au hautbois solo (1970). Le compositeur l’a transcrit pour saxophone soprano sollicitant tous les artifices et modes de jeux sur l’instrument pour éprouver son timbre et travailler les contours de l’arabesque fantasque. Le souffle est l’énergie première, qui tend à confondre cor de basset et clarinette ( et Lucas Dietsch) dans Le temps du souffle I (1993). Du tendre bicinium à la joute sonore plus virtuose, c’est l’élégance et la ductilité des lignes qui captivent ici l’écoute.

D’un même souffle toujours, la voix (superbe Jingchao Wu) et la clarinette (Sergio Menozzi) s’épaulent dans …d’un désastre obscur (1971), véritable bijou conçu en hommage à Jean-Pierre Guézec. Dans cette œuvre aussi courte qu’intense, Amy emprunte un vers de Mallarmé extrait du Tombeau d’Edgar Poe, dont les deux « voix » solidaires révèlent la dimension sonore et expressive.

La première partie d’En Trio pour violon (), clarinette (Sergio Menozzi) et piano () – une partition écrite pour les soixante ans de Pierre Boulez – déploie une écriture cursive, louvoyant entre tendresse et facétie. Le second volet, en duos alternés, préfigurent les stratégies du Temps du souffle II (1994). Dans ce trio atypique, le violon impérial de Raphaëlle Rubio est invité aux côtés du saxophone et du trombone avec lesquels il esquisse un ballet étrange : pas de deux – saxophone et trombone pour débuter – sur lequel s’inscrivent les pizzicati du violon. Mais on change de partenaires à chaque variation modifiant registres, couleurs et qualités de timbre, jusqu’à créer une ambiguïté des sources sonores. Jules Boittin (trombone) et Sergio Menozzi (saxophone alto et baryton) rivalisent d’agilité et d’élégance auprès d’un violon souvent virtuose.