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Un hommage à Helmut Lachenmann en son et en image

Voir le son : le concept devient pertinent lorsqu’il s’agit de la musique d’, qui sollicite des gestes et modes de jeu inédits qu’il est important de voir en même temps que d’écouter. Avec l’excellent ensemble milanais MDI dont il a conduit les répétitions, le compositeur allemand présente et donne à entendre quatre pièces emblématiques de son travail dans le luxueux décor de la Fondation Cini de Venise.

Filmé dans l’enceinte du cloître, s’exprime en italien, ayant lui-même vécu deux années à Venise (1958-1960) auprès de son maître Luigi Nono. Il lui importe, à cette époque, de trouver son propre chemin, et il adopte une position critique à l’égard de ce qu’il nomme « le son philharmonique ». Son désir est d’amener l’auditeur à s’interroger sur ce qu’il entend, d’où l’idée d’utiliser les instruments à contre-emploi, pour susciter une écoute vierge. Ainsi cette Toccatina pour violon (toccare en italien veut dire « toucher »), où l’interprète, étouffant la résonance de sa main gauche, touche la corde de la avec la vis de l’archet. Lorsque le crin frotte, c’est sur le bois de l’instrument qu’il agit, donnant l’impression d’un violon qui respire. La qualité de la performance est ici fonction de la concentration d’écoute du public.

Pression (en l’occurrence, celle de l’archet sur les cordes) est le titre d’une pièce pour violoncelle qui inaugure ce que le compositeur nomme « musique concrète instrumentale », un concept visant davantage l’exploration des modes de production du son (musique essentiellement bruitée donc) que sa couleur et sa résonance. Dans Trio fluido (1966-1968), l’alto, la clarinette et la percussion tendent à former un méta-instrument où fusionnent les trois sources sonores. Si les cordes de l’alto sont plus souvent percutées que frottées, il faut regarder de près le jeu du marimba, où se diversifie à l’infini le contact avec les lames de bois. Avec Allegro sostenuto, une pièce de plus grande envergure écrite vingt ans plus tard, Lachenmann imagine un autre « complexe instrumental » constitué du piano, du violoncelle et de la clarinette : musique d’os et de nerfs où le silence articule chaque geste au sein d’un discours virtuose et très fragmenté.

La belle captation visuelle (celle de Luca Scarzella) permet de mesurer l’exigence de l’écriture (appelant une chorégraphie de gestes) et l’engagement des musiciens du MDI pour atteindre à la fluidité et la cohérence de la pensée. Aux propos de Lachenmann se joignent ceux de Nuria Schoenberg Nono, du compositeur Stefano Gervasoni, du chef Emilio Pomarico ou encore du pianiste Massimiliano Damerini. Ils témoignent de leur expérience personnelle aux côtés du maître qui, à 80 ans passés, poursuit dans sa voie, une des plus aventurières de la musique d’aujourd’hui.

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