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Evgeni Koroliov aborde les œuvres tardives de Beethoven

, le discret magicien du piano, primé dans la catégorie « récital instrumental » des 2015, fait paraître le XXe volume de la discographie qu'il construit en collaboration avec l'étiquette allemande TACET.

Les interprétations d' proposées dans cet album sont marquées du sceau d'un classicisme humaniste germanique, en évoquant en quelque sorte le jeu poétique de . C'est de cette façon que le pianiste russe pratique peu de rubato, et vise à garder une certaine discipline rythmique et agogique. Ceci est loin de desservir ses interprétations, pour lesquelles il privilégie une lecture transparente et légère, dans le but de faire entendre aux auditeurs l'aspect ludique (l'espièglerie perceptible dans la Bagatelle op. 119 n° 2), voire voluptueux (Bagatelle op. 119 n° 5) de ses partitions. Exception faite, cependant, de l'opus 134, dont la structure verticale ne permet pas une lecture délicate, comme c'est le cas pour les Bagatelles. Dans son parcours, n'oublie pas d'être imaginatif, et, tout comme Kempff, déploie une palette de couleurs riches. Son jeu peut ainsi bénéficier de cette finesse, douceur et légèreté du toucher qui caractérisaient, il y a quelques décennies, le style du maître allemand, mais qui ne sont pas à l'origine des principes de l'école russe de piano, celle-ci optant davantage pour des sonorités rondes, denses et massives.

En ce qui concerne l'exécution des Variations sur une valse de Diabelli, ou, en fait, comme l'aurait préféré Beethoven même, des Transformations sur une valse de Diabelli (Veränderungen über einen Walzer von Diabelli), Evgeni Koroliov se montre facétieux, tantôt ingénu, tantôt cynique, plutôt que dramaturge sérieux. En écoutant ses Diabelli, on pense tout de suite à la récente interprétation du jeune Italien Filippo Gorini, qui nous a impressionné par sa maturité et ses idées brillantes. Pour son jeu, Koroliov ne manque à son tour ni d'énergie, ni de vivacité d'esprit, en parvenant à rendre l'ensemble cohérent et tout aussi profond. On notera, par contre, qu'il n'obéit pas toujours aux marques d'expression et de tempo laissées par le compositeur de Bonn : la Variation n° 31, Largo molto espressivo, se voit, par exemple, proposée sans excès de ferveur (de manière espressivo plutôt que molto espressivo), et les Variations n° 20 et 30, Andante et Andante, sempre cantabile, sont présentées dans un tempo lent (comme si c'était largo). On constate qu'au lieu de suivre toutes les indications de Beethoven, le soliste a une préférence pour une ambiance intimiste, qu'il parvient d'ailleurs à créer, surtout en raison de la maîtrise du temps pour ce qui est des variations « tranquilles », dans un contraste très réussi avec les variations « énergiques ». Malgré les réserves évoquées ci-dessus, on reçoit donc ici une prestation à contempler longuement, qu'il sera indispensable d'assimiler petit à petit, mais qui nous acheminera au plus secret de ces pages aussi énigmatiques que fascinantes.

La prise de son effectuée par Andreas Spreer favorise la variété des nuances (des pianos tendres et des fortissimi sculptés dans le marbre) et un espace ouvert, laissant l'instrument respirer, et pourtant ne permettant pas aux sons de résonner.

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