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La Fille mal gardée ou Londres à Munich

Deux solistes brillants pour éclairer une représentation sans panache.

Tout n’est donc pas russe dans le « nouveau » Ballet national de Bavière créé par lorsqu’il en a pris la tête en 2016 : non seulement il a fait entrer au répertoire Alice au pays des merveilles de Christopher Wheeldon, mais voilà qu’il reprend aussi La Fille mal gardée d’Ashton, entrée au répertoire de la troupe en 1971 après avoir vu le jour en 1960 à Covent Garden et fait une première apparition à Munich quatre an plus tard sous forme de tournée. Plus encore : les deux solistes de la soirée sont eux-mêmes en provenance de l’English National Ballet, dont les dissensions internes auront ainsi contribué à renouveler la troupe munichoise, qui a connu elle aussi beaucoup de départs et d’arrivées depuis 2016.

La fausse naïveté avec laquelle Ashton reprend l’argument du ballet de en 1789, le premier degré outrancier des décors d’Osbert Lancaster, peuvent faire illusion, mais La Fille mal gardée n’est pas une pochade à prendre à la légère, d’abord par ce qu’elle exige des solistes, ensuite parce que l’humour en danse est la chose la plus difficile du monde, et que celui de La Fille en particulier est fait de toute une diversité d’émotions. Du côté de la danse pure, les spectateurs sont bien servis : tous deux partagent une même précision, une même danse généreuse et élégante, aux réceptions parfaites. Les équilibres de , les tours de dans la fête du second acte auraient toute leur place dans le meilleur des galas, et, ce qui ne gâche naturellement rien, leur partenariat expérimenté n’est jamais pris en défaut.

Du côté de la comédie, la représentation est beaucoup moins enthousiasmante. Il est, certes, une partie des ballettomanes qui accepteront tout tant que les pirouettes et les sauts sont là où on les attend, de même que bien des amateurs d’opéra acceptent tout tant que le contre-ut est réussi. Tout n’est pas raté de ce point de vue : élément essentiel dans toute représentation de ce ballet et rôle préféré d’Ashton, le benêt Alain est très honorablement dessiné par , raisonnablement drôle et raisonnablement touchant.

Mais la comédie, c’est d’abord une affaire de précision, et elle manque ici. Une multitude de petits décalages avec la musique (le barattage du beurre !) créent un faux rythme, en partie à cause de tempi inutilement ralentis ; la fête du second tableau manque d’abandon et d’entrain, et même les deux solistes, quand il s’agit de jouer, ne semblent rien avoir à apporter de personnel. On objectera peut-être que c’est le fait d’avoir trop vu ce ballet qui a pu émousser nos perceptions : la rareté des rires et des sourires au sein d’un public largement novice montre bien que le petit bijou d’Ashton n’a ce soir pas rempli toutes ses promesses.

Crédits photographiques : © Wilfried Hösl

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