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Trio Polycordes, le disque des vingt ans

Le Trio Polycordes (guitare, harpe et mandoline) est une phalange active qui se consacre à la musique d’aujourd’hui, dont elle ne cesse d’enrichir le répertoire en sollicitant nombre de compositeurs vivants. Le trio fête ses vingt ans et sort, dans la foulée, son troisième volume discographique, réunissant œuvres et compositeurs qui ont jalonné son parcours depuis 1996.

C’est le cas d’Alessandro Markeas, un compositeur qui figurait déjà dans le volume II. Dans Pincée de ciel, extrait du cycle Pince sans rire, Markeas s’inspire de la poésie de Gherasim Luca et de l’idée d’une pensée en mouvement circulaire. Dans cette pièce ludique et légère, les trois instruments fonctionnent en boucle au sein d’une mécanique de précision qui se dérègle sous l’effet de courts processus. L’acuité du timbre et les trouvailles sonores ajoutent au charme de cette danse dégingandée. Les trois instruments percutent, crépitent et trémolent dans TCP17 de Bruno Giner, une partition dont la dimension rythmique et les recherches de timbre fibrent l’écriture. L’œuvre fait alterner gestes énergiques, travail polyrythmique et paysages sonores plus extatiques, dont les constellations semblent parfois issues d’une source électronique. Le balancement lascif de la coda exécutée par les trois instruments est rien moins que savoureux.

Luis Naón et Michèle Reverdy se sont attachés quant à eux au poème Caja de Pandora (« La boîte de Pandore »), une série de douze textes en espagnol de l’écrivain José Tono Martinez. Dans Tres cantos a Pandora, III, V, IX, Luis Naón a fait traduire en allemand le chant V, le plus long des trois, y incluant une voix off (celle du compositeur) qui liste des noms de camps de concentration, de lieux de détention. Une manière de surligner la résonance politique et dramaturgique du texte poétique. L’allure est celle d’un lamento, où la voix chaleureuse de Mareike Schellenberger est ourlée par le trio, sur un profil mélodique dépressif et microtonal. Michèle Reverdy dit être tombée sous l’enchantement de La Caja Pandora. Elle envisage le rapport voix instruments de manière beaucoup plus traditionnelle dans ses Trois mélodies sur trois poèmes de José Tono Martinez. En un Prologue et deux interludes, la compositrice avive les couleurs de la langue espagnole et creuse l’envergure expressive des poèmes. On y apprécie l’autorité vocale de la chanteuse, la ductilité de son timbre et la clarté de sa diction.

L’esprit de l’improvisation traverse Sixty-one Ropes Shibari (littéralement soixante et une cordes attachées) de Sylvain Kassap qui émancipe le champ sonore des cordes pincées. On ne saurait dire de quel geste instrumental relèvent les sons de l’introduction ! La pièce louvoie entre séquences foisonnantes, où les instruments s’imitent, et mélodie de timbres très ciselée. Le jeu de la mandoline y rejoint celui du biwa japonais et ses inflexions glissées : « J’ai essayé d’écrire pour le TrioPolycordes des ambiances que je n’avais pas entendues dans leur répertoire, » précise le compositeur. C’est cet univers en expansion que le trio atypique nous révèle dans chacune des œuvres du CD. Les trois interprètes virtuoses, Sandrine Chatron, Florentino Calvo et Jean-Marc Zvellenreuther, les défendent avec un enthousiasme et une synergie éblouissants, servis par une qualité d’enregistrement optimale.

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