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La sonate Titus et Bérénice de Rita Strohl, chef d’œuvre à redécouvrir absolument

Page maîtresse et méconnue du répertoire pour violoncelle et piano par deux jeunes solistes français particulièrement talentueux, la sonate de souffre de figurer dans un album au minutage trop court et au programme bancal. Malgré cette réserve, pour cette découverte majeure, cet album est chaudement recommandable.

Ce double album au minutage bien chiche (un CD de 58 minutes, un de 37 !) se révèle agaçant, voire frustrant, tant son programme est mal ficelé. Pourtant, il s’ouvre par une vraie découverte, la magnifique Sonate « Titus et Bérénice » de (1892). Cette grande page de trente-cinq minutes est un chef d’œuvre que les deux jeunes interprètes français empoignent avec un lyrisme et une énergie qui lui rendent sa grandeur. S’il ne s’agit pas d’une première au disque, c’est néanmoins la première fois que l’œuvre trouve ainsi sa dimension grandiose. Elle donne envie d’entendre les autres partitions de cette figure singulière que fut (1865-1941), compositrice et poétesse des livrets de ses ambitieux cycles d’opéras, et fondatrice de la grange de Bièvres dont elle voulut faire, avant la première guerre mondiale, un petit Bayreuth français. Au-delà du prétexte racinien, cette œuvre passionnante se doit désormais de figurer régulièrement au programme des violoncellistes. Bravo au duo Kadouch-Moreau de lui restituer ainsi son éclat passionné.

L’excellent texte de présentation émanant du Palazzetto Bru-Zane rappelle que cette période fut faste en grandes sonates, aujourd’hui trop oubliées, pour le duo violoncelle et piano et cite, outre les aînés Saint-Saëns et Lalo, les noms de Magnard, Pierné, Vierne, Ropartz, auxquels on pourrait ajouter Lekeu ou Duparc, sans compter bien sûr Fauré. C’est dire s’il était possible d’enrichir cet album par d’autres grandes œuvres méconnues qui eussent intelligemment entouré la sonate de Strohl. Pourquoi dès lors l’éditeur a-t-il choisi la transcription de la sonate de Franck ? L’une des plus belles sonates pour violon du répertoire n’a jamais sonné de façon satisfaisante au violoncelle, et ni la sonorité onctueuse d’ ni la fièvre de ne parviennent à convaincre du bien-fondé de cette transcription. On ne fera pas évidemment ce reproche à la sonate de Poulenc, même si l’on peut trouver que son style assez canaille tranche esthétiquement avec le fiévreux lyrisme romantique de Strohl. Quant aux brefs Souvenirs du même Poulenc ou l’insignifiant Andante (peu espressivo, malgré son intitulé) de , ces compléments très brefs ne changent guère notre appréciation d’ensemble.

Un double album qui vaut, on l’aura compris, pour son magnifique premier disque et non pour un second trop court et au programme bien peu convaincant. La sonate de Strohl vaut à elle seule l’achat de cet album frustrant.

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