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Pianos quart de ton de Wyschnegradsky, Moëne et Bancquart

(1893-1979) est une figure incontournable bien que mal connue du XXe siècle. s’intéresse ici à l’écriture en quarts de ton pour piano du compositeur, et aux pièces récentes d’ et qui creusent le sillon de ce répertoire singulier.

Sa carrière durant, aura défendu la musique pour piano en quart de ton d’, qu’elle continue de jouer et de mettre en avant. Le compositeur français d’origine russe s’exile en France dès 1920. On connaît l’instrument à quarts de ton et trois claviers qu’il s’était fait construire, mais qui n’a jamais convaincu les interprètes, ces derniers préférant la solution des deux (voire quatre) pianos accordés à distance de quart de ton, tels qu’ils sont entendus dans cet enregistrement. Cécile Lartigau est aux ondes Martenot (également accordées en quarts de ton) aux côtés des quatre pianos sollicités (2 fois 2 pianos accordés à distance de quart de ton) dans le 4ᵉ Fragment symphonique op. 38c (1956) du maître français, certainement l’une de ses œuvres les plus innovantes : il suffit d’écouter la polyphonie flottante des quatre pianos que traverse le son tenu des ondes au tout début de l’œuvre. L’écriture y est très mouvante, balayant les registres et cherchant les seuils, aigu et grave, des quatre claviers. Les ondes sont ici l’instrument du continuum sonore et donnent à entendre des glissandi lumineux, tandis que les pianos en clusters visent une certaine plénitude sonore.

La deuxième pièce, Ainsi parlait Zarathoustra op. 17 (1930/1936), est une sorte de poème pour quatre pianos en quarts de ton. De conception plus académique, elle est en quatre mouvements avec un scherzo presque chostakovien, conçu dans la densité des 24 quarts de ton. Le travail sur la résonance et les interférences sonores dans le mouvement lent instaurent un espace plus original et prospectif. Enfin, dans les Méditations sur deux thèmes de La Journée de l’Existence op. 7 (1918, révisé en 1976) encore sous l’influence de Scriabine, c’est le violoncelle – superbe – qui parcourt le champ ultra-chromatique aux côtés d’un piano en demi-ton très effusif – chaleureuse Martine Joste.

L’écriture en quart de ton est familière à qui dédie De l’Ange, sa pièce pour deux pianos microtonaux, à Martine Joste. L’œuvre s’inscrit dans un temps méditatif jalonné de silence, sans renoncer aux reliefs des dynamiques et nœuds de tension. Les sons complexes des deux pianos-cloche dans l’aigu du registre – Martine Joste et Dominique Ciot – sont un moment de jubilation sonore et de plénitude. D’une beauté plus austère, Racines pour quatre pianos et quarts de ton d’, vise au contraire le registre grave des instruments. L’écriture d’une certaine véhémence intègre des sonorités bruiteuses (le claquement du couvercle du piano ?) et creuse obstinément les champs de résonance et de durées (micro-intervalles de temps). Martine Joste, à qui la pièce est également dédiée, et ses trois partenaires – Matthieu Acar, Jean-François Ballèvre et Dominique Ciot –, tous sous la direction de Léo Margue, confèrent à cette sombre partition sa dimension radicale et sa temporalité singulière.