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Cojocaru, très belle au bois dormant à l’English National Ballet

Dans la version de , c’est toute une compagnie qui est à l’honneur autour de son étoile.

Heureux balletomanes londoniens : tandis que le Royal Ballet propose un nouveau Lac des Cygnes chorégraphié et mis en scène par Liam Scarlett, l’ propose La Belle au bois dormant dans la version de – une version patinée par les ans, qui manque parfois un peu de force, mais bien plus à l’honneur du ballet britannique que les maladroites tentatives dramatiques de Scarlett. Et l’ a de quoi rivaliser avec le Royal Ballet pour la qualités de ses solistes, comme cette représentation le montre amplement. connaît bien le Royal Ballet et le rôle d’Aurore : c’est parce que la directrice de l’époque avait refusé de la distribuer dans un rôle qui lui va pourtant comme un gant qu’elle était passée à la compagnie rivale ; elle montre ici que son adéquation au rôle ne se limite pas à une compétence technique – et peu importe, au regard de l’ensemble de la soirée, que les équilibres de l’Adage à la Rose ne durent guère, tant la précision des réceptions, l’élévation des sauts, l’impression générale de facilité dans les passages les plus difficiles suscitent l’admiration. Mais il y a aussi chez Cojocaru une manière d’être en scène, une sorte de majesté onctueuse, souriante, naturelle, et une attention à l’aspect théâtral du spectacle que peu de danseuses ont à un tel point.

Autour d’elle, cependant, ce n’est pas le désert, loin de là : est un beau prince, privilégiant la délicatesse et la précision technique à la simple virtuosité. Dans ce rôle, dans la variation méditative du deuxième acte par exemple, cette élégance discrète est fort bien à propos ; il se montre en outre un excellent partenaire pour . Mais ce ballet est aussi l’occasion de découvrir à travers de nombreux petits rôles toute la richesse de la compagnie – ce n’est que dans le corps de ballet, moins parfait techniquement qu’on pourrait le souhaiter, que la différence de niveau se fait par moments sentir. On aurait pu espérer une personnalité un peu plus affirmée dans la Fée des Lilas de Shiori Kase, mais les variations des fées dans le prologue sont une occasion de découvrir l’énergique précision et les longs bras expressifs de Precious Adams ou l’impérieuse autorité d’Anjali Hudson ; au troisième acte, aussi bien la variation du Diamant de Rina Kanehara que le pas de Deux de l’Oiseau Bleu (Petro Lapetra et Julia Conway) méritent des mentions spéciales.

Cette représentation, un jeudi après-midi, était notamment ouverte au public scolaire, conformément à la vocation de l’English National Ballet qui souhaite s’ouvrir à tous les publics : on voit que ce n’est pas au prix d’un compromis sur la qualité du spectacle offert.

Crédits photographiques : © Laurent Liotardo