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Réédition parfaite du légendaire Wiener Konzerthaus Quartett

Tout comme il l’avait fait pour le chef d’orchestre Artur Rodziński (1892-1958), Scribendum réunit en un coffret l’ensemble des enregistrements Westminster du , et c’est une véritable aubaine de retrouver ces gravures vénérables en une telle qualité sonore.

C’est en janvier 1934 que deux musiciens de l’Orchestre Symphonique de Vienne, le concertmaster Anton Kamper (1903-1982) et l’altiste principal Erich Weis (1904-1962), décidèrent de fonder un quatuor permanent ; ils ne tardèrent pas à recruter les artistes complémentaires Karl Maria Titze (1909-1963) comme second violoniste et Franz Kvarda (1904-1971) comme violoncelliste. Le succès de l’ensemble fut immédiat. En 1938, après un court passage à l’Orchestre de l’Opéra d’État de Vienne, ils furent très vite engagés à l’Orchestre Philharmonique de Vienne et ils continuèrent à jouer ensemble jusqu’en 1958 en tant que quatuor en résidence au Konzerthaus, d’où le nom de . À partir de cette date, il y eut une série de changements de personne (Walter Weller, second violon ; Fritz Händschke, alto ; Ludwig Beinl, violoncelle) et le groupe s’est finalement dissous en 1967 avec la retraite d’Anton Kamper. Il existait une saine émulation entre le  et un autre ensemble viennois, le Barylli Quartett qui lui fut en résidence au Musikverein de Vienne entre 1951 et 1960, date de sa dissolution. On peut imaginer le foisonnement musical qui existait à cette époque…

L’intérêt de ce coffret est évidemment d’avoir remis en circulation leur légendaire intégrale des quinze Quatuors, des deux Quintettes et même des deux Trios à cordes D. 471 et 581 de Schubert dans les interprétations idiomatiques, mais en même temps de redécouvrir les autres compositeurs que cet ensemble a si bien servis et dont les gravures ne doivent certainement pas être négligées : Haydn, Mozart, Beethoven, Brahms, Borodine et Dvořák. La seule concurrence à cette époque pour l’intégrale des quatuors de Schubert était celle d’un ensemble allemand, l’Endres Quartett chez Vox, malheureusement moins respectueux des reprises et moins bien enregistré. Ces deux formations ont ainsi fait office de pionnières en ce domaine et ouvert la voie aux Melos, Auryn et autres Leipziger, car si les derniers quatuors de Schubert, du douzième (Quartettsatz) au quinzième, connaissaient de nombreuses versions, les onze premiers étaient, bien à tort, très délaissés. Et pourtant, même si dès le Quatuor à cordes n° 8 en si bémol majeur D. 112, on est sur la voie du Schubert de pleine maturité, ses quatuors de prime jeunesse ne sont certainement pas sans intérêt. Signalons à ce propos une particularité du Quatuor à cordes n° 2 en ut majeur D. 32 : tant le Wiener Konzerthaus Quartett que l’Endres Quartett ne nous en proposent que deux mouvements des quatre, le Presto et le Menuetto, car les deux autres mouvements (l’Andante et l’Allegro con spirito) ne furent redécouverts qu’en 1954 par le musicologue britannique Maurice Brown (1906-1975), c’est-à-dire après l’enregistrement des deux formations.

De ce merveilleux Wiener Konzerthaus Quartett, on appréciera tout au long de ce coffret les interprétations sérieuses, homogènes et soignées, chaleureuses et sensibles, tout en regrettant que Westminster n’ait pas saisi l’opportunité de nous le révéler au disque dans son répertoire bien plus large : Franck, Grieg, Mendelssohn, Rossini, Schumann, Smetana, Tchaïkovski, Verdi, mais aussi les modernes, Bartók, Chostakovitch, Debussy, Hindemith, Egon Kornauth, Pfitzner, Quincy Porter, Ravel, Lothar Riedinger, Respighi, Serge Saxe, Franz Schmidt, Florent Schmitt, Schoenberg, Alfred Uhl…

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