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Les recherches timbriques de José Luis Campana et Isabel Urrutia

L’écho des musiques du monde taraude et , qui ont imaginé la rencontre au sein d’une même œuvre des instruments traditionnels du monde entier et des sonorités de l’orchestre occidental, pour composer avec de nouveaux timbres.

Deux compositions très récentes (2017) dans ce nouvel album résultent de cette démarche inédite. Plus anciennes, mais non moins révélatrices des préoccupations des deux compositeurs, les trois autres pièces de cet enregistrement mettent en vedette les interprètes hors norme que sont à la percussion et à la guitare.

Mixing up, six études sur le timbre de , a été enregistré lors de sa création à la Maison de la Radio le 28 mai 2017, sous la direction de . La formation atypique (six instruments à vent live et vingt-neuf instruments traditionnels fixés sur support) inaugure un nouveau genre dans la mesure où les deux univers sonores sont dûment notés au sein d’une même partition orchestrale. Aulos, launedas, shakuhachi, duduk, gaïta, didgeridoo, etc., passant par les haut-parleurs, proviennent de banques de sons diverses, échantillons que le compositeur a numérisés et articulés pour qu’ils se fondent au jeu des instruments live, eux-mêmes amplifiés. L’enjeu et le défi sont de lier entre elles les deux lutheries, de les faire cohabiter voire interagir. La palette des couleurs et l’étrangeté des sons hybridés par le « mixage » des deux sources instrumentales ouvrent des perspectives nouvelles quant à l’écriture du timbre, telles ces fulgurances telluriques autant qu’inouïes dans l’extrême grave du registre auxquelles invite cette expérience d’écoute singulière.

Sur le même canevas, la compositrice basque écrit Etorkiz eta izatez (« Par origine et par nature ») convoquant trois instruments live (le txistu, flûte à bec basque à trois trous, l’accordéon et la percussion) et vingt-sept instruments des musiques du monde. C’est la richesse du flux sonore conduit par les figures flexibles du txistu et de l’accordéon qui est ici recherchée, à travers l’interpénétration très fine des différentes qualités instrumentales. Écrite en 2000, l’œuvre mixte, Asi… (Ainsi…) de José Luis Campana aura anticipé une telle démarche. Le son de la guitare de l’immense s’enrichit de résonances inattendues (tampura, vina, biwa, tabla, palmas… provenant des haut-parleurs) laissant advenir l’écho des musiques du monde.

Nalu Kamusi pour multi-percussion et objets sonores du même compositeur nous met à l’écoute de la matière percutée à la faveur d’une captation optimale. On y entend l’énergie du geste de , étonnant de précision et de finesse. Si chaque domaine (métaux et peaux) est exploré successivement, on s’interroge sur la source instrumentale difficilement identifiable de la séquence inaugurale. L’ambiguïté des sources prévaut également dans Mandala d’Isabel Urrutia, une partition virtuose autant que radicale pour multi-percussion et sons électroniques fixés, mobilisant également le geste à fleur de nerf de Jean Geoffroy. La vigueur et la raucité quasi xénakienne des impacts mats ne sont pas sans évoquer les joutes de txalaparta du pays basque.