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Bach, la perle du luthiste Thomas Dunford

C’était accompagné de voix que avait mené ces deux précédents enregistrements : Ruby Hugues, Reinoud van Mechelen, Paul Agnew et Alain Buet en 2012 pour Lachrimae, et la mezzo-soprano Anna Reinhold dans son dernier CD Labirinto d’Amore. Aujourd’hui, c’est avec simplement son fidèle compagnon de route, un archiluth, que ce musicien présente son dernier disque : Bach.

au luth. La démarche peut paraître pour certains incongrus alors que plusieurs propositions discographiques notables de luthistes s’y inscrivent pleinement. En premier lieu, l’ancien professeur à la Schola Cantorum de Bâle du jeune musicien trentenaire, le luthiste Hopkinson Smith, qui a dédié une grande partie de sa discographie à l’œuvre de ce compositeur emblématique de la musique baroque. Pascal Monteilhet a également proposé en enregistrement des transcriptions pour théorbe de suites initialement destinées au violoncelle, et le luthiste espagnol Miguel Rincón s’était lui aussi lancé dans la Partita n°2 en ré mineur en 2013. La démarche de n’est donc pas vraiment singulière, même si on a plus l’habitude d’entendre le musicien au sein d’un orchestre et que la notice rédigée par Peter Wollny nous le présente comme un héros des temps modernes : « Il faut un musicien possédant assez d’imagination et de spontanéité, mais aussi de courage pour marcher ainsi dans les traces du compositeur. » Et puis, comme l’indiquait à ResMusica le claveciniste et organiste Jean-Patrice Brosse, avec Bach, « toutes les adaptations sont possibles. »

Que ce soit dans la Suite n°1 en sol majeur BWV 1007 et la Partita pour violon n°2 en ré mineur BWV 1004, toutes deux retranscrites pour l’archiluth par Thomas Dunford lui-même, ou la Suite en sol mineur BWV 995 qui elle se fonde sur une transcription de Bach, le luthiste démontre une pureté de jeu techniquement infaillible. Mais au-delà de ce premier constat, c’est bien ce sens indéniable de la mélodie ainsi que la simplicité dans l’art de la déclamation qui s’accordent à la perfection avec le sens profond de cette musique. Ici, précisément, le souci polyphonique s’illustre plutôt par des formules rhétoriques que par un esprit virtuose, Thomas Dunford s’éloignant de toute articulation mécanique.

C’est une lecture presque nostalgique qu’affirme l’interprète, jamais ennuyeuse tant la musicalité du jeu et la clarté de l’exécution sont renouvelées. Une force émotive plus qu’un jeu démonstratif portée par un art du phrasé saisissant, Thomas Dunford animant chaque mélodie sans jamais les malmener. Il trouve des ornements, des accents, des libertés, sans perdre sa rigueur. Il est bien entouré par Hugues Deschaux qui fournit une prise de son exemplaire, et un « packaging » visuel par Julien Benhamou du meilleur effet. La sérénité du jeu de ce jeune luthiste mène ce disque aux portes de l’excellence.

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