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Pièces de clavecin de François Couperin par Markus Hünninger

Les pièces de clavecin de sont un incontournable du répertoire pour cet instrument. C’est à ce monument musical que se confronte aujourd’hui , avec son propre label, dans une approche très personnelle.

Lorsque publie ses Livres de clavecin entre 1713 et 1730, il propose un classement par ton selon vingt-sept Ordres, correspondant aux Suites de ses contemporains. Leur caractéristique, bien française, est d’enchaîner un plus ou moins grand nombre de pièces écrites dans un même ton, ce dont peut résulter, à l’écoute, une certaine monotonie (au sens littéral). est fort bien inspiré de rompre cette uniformité : chaque pièce de son programme, puisée dans les différents ordres, amène au contraire une nouvelle tonalité. D’où le titre qu’il a adopté : Pièces de clavecin choisies dans un ordre de marche harmonique, les tonalités se suivant par quintes descendantes de do à do, puis ascendante de do à do pour fermer le cycle.

Autre approche originale : la gestion des tempi. Les titres des pièces, nous dit Markus Hünninger, « évoquent souvent un état d’âme ou une atmosphère qui, dans la mesure où ils ne sont pas clairement définis, permettent de naviguer entre différents tempi« C’est ce que fait ici l’interprète, cherchant à restituer  le monde du compositeur dans toute sa poésie. On pense alors à cette phrase de Couperin perpétuellement citée, et reproduite en bonne place dans le livret: « J’ayme beaucoup mieux ce qui me touche que ce qui me surprend ». L’auditeur sera-t-il touché par cette constante liberté, très personnelle, prise avec la mesure, le rythme, la durée relative des notes, la place des accents ? Peut-être, si elle correspond à son propre ressenti… L’exemple des Barricades mystérieuses est, de ce point de vue, frappant : le tempo très mouvant, au gré de la subjectivité de l’interprète, peut nuire à l’impression de mystère. Un très beau moment de ce programme est à placer à part : la sarabande intitulée Les sentiments, paisiblement mesurée, servie par un toucher expressif. Le langage du clavecin est ici parfaitement maîtrisé.

Saluons pour finir la beauté du clavecin, construit d’après Goujon par Thomas Steiner (Bâle, 1992), et la prise de son de Manuel Mohino dans la belle acoustique de la petite église de Rasteau. La conception graphique (jaquette et livret) est d’une grande élégance.