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Rencontres musicales dans les jardins de William Christie

A Thiré en Vendée, se déroule chaque année à la fin du mois d’août un festival singulier, Dans les Jardins de . Un véritable enchantement pour les mélomanes avertis, les amoureux des jardins, mais aussi pour les néophytes curieux qui ont envie de découvrir la musique baroque autrement.

Tout y a commencé par la création d’un jardin baroque sur près de deux hectares, bientôt investi d’un « Jardin des voix », pépinière de jeunes talents lyriques voulue par et son orchestre des Arts florissants pour promouvoir et transmettre l’art de la musique baroque. a ensuite eu la fabuleuse idée de valoriser cette pépinière, tant musicale qu’horticole, au travers d’un festival dont la singularité résulte de la résonance qu’il instaure entre l’élégance de ces jardins pleins de surprises et les raffinements et la variété de la musique baroque qui accompagnent les festivaliers dans leur visite.

Car il s’y passe beaucoup de choses dans ces jardins ! Des ateliers musicaux ouverts aux plus jeunes, des concerts dans différents bosquets durant l’après-midi, un spectacle le soir sur la scène flottante du miroir d’eau et pour finir, des Méditations à l’aube de la nuit dans l’église de Thiré. Au-delà de la seule écoute des concerts et des déambulations oniriques qu’ils inspirent, ce sont bien la transmission et le partage d’une passion qui règnent ici en maître.

Les promenades musicales

Notre promenade débute donc par deux cantates d’Haendel (Fra pensieri quel pensiero) et Vivaldi (Cae selve, amici prati) dans un programme intitulé « pastorale italienne » en adéquation parfaite avec le cadre de la pinède. Accompagné par le violoncelle d’Alix Verzier et le clavecin de Florian Carré, le contre-ténor fait montre d’une belle projection et la suavité du legato ainsi que la précision des vocalises mettent en valeur la virtuosité et la théâtralité de ces deux œuvres.

Au cloitre, propose la Suite n°1 de Bach avec sa viole de gambe. Si l’on peut préférer les sonorités plus profondes du violoncelle, instrument pour lequel les suites ont été composées, l’expérience n’en demeure pas moins rare et riche car, par contraste, elle donne un éclairage sur cet instrument que le grand public ne connait pas forcément, accentuant au passage le caractère dansant de l’œuvre.

Après cette méditation, on se transporte au Théâtre de verdure pour un programme de chansons de , grand maître anglais du chant strophique, teintées d’une mélancolie s’harmonisant à merveille avec le bruit du vent dans les feuillages du théâtre. Tandis que le luthiste Arash Noori installe un tapis sonore d’une grande douceur, la soprano , assise comme une conteuse pour enfants, raconte autant qu’elle chante ces complaintes sur des amours perdus, la nature et le temps qui passe. Un beau moment de délicatesse grâce notamment à une voix d’une grande fraîcheur, toujours sur le fil et à la pointe de l’émotion.

L’après-midi s’achève dans la joie grâce aux extraits de deux opéras de Purcell (King Arthur et The Fairy Queen) emmenés par William Christie au clavecin et quelques instrumentistes des Arts Florissants et de la Julliard School. L’occasion de découvrir le truculent ténor et de réentendre la fameuse Cold song interprétée par la basse avant de s’amuser du Your hay it is mowed de King Arthur transformée en chanson à boire « façon pub anglais » qui réjouit l’assistance dans un joli moment de partage avec les artistes.

Au-delà de la découverte d’une grande variété de répertoires (italien, anglais, allemand, français), ces après-midis constituent également des moments de pédagogie puisque tous les musiciens délivrent systématiquement un bref éclairage sur ce qu’ils vont chanter ou jouer et expliquent même parfois aux festivaliers leurs choix d’interprétation. Une manière aussi de rendre la musique plus accessible.


L’Orfeo de Monteverdi sur le miroir d’eau

Tous les deux ans, le miroir d’eau devient le théâtre d’un récital valorisant les jeunes talents sélectionnés au sein du fameux Jardin des voix. Celui-ci ayant eu lieu l’année dernière, les Arts Florissant ont décidé de reprendre l’Orfeo de Monteverdi qu’ils avaient donné au théâtre de Caen en 2017, puis à Versailles, et qui a fait l’objet d’une captation bien inspirée.

Nous ne reviendrons pas sur la sensibilité et l’intelligence de la mise en espace proposée par si ce n’est pour souligner que ce décor de rochers de carton-pâte et de feuillages disséminés s’intègre à merveille dans la perspective du bassin et de son décor de rocaille du XVIIe qui transporte le spectateur dans un autre espace-temps. Le positionnement des musiciens-acteurs, tel et son chitarrone assis au milieu de la scène dans une position décontractée, fait immanquablement écho aux bergers des grandes pastorales du grand siècle.

Les Arts Florissant ont allégé l’instrumentation mais le son reste très riche grâce notamment à la grande variété des instruments (violons, chitarrones, trombones, flûte à bec et quatre trompettes). Pour compléter ce tableau, les interprètes sont superlatifs à commencer par dont l’engagement, la qualité d’émission, la déclamation parfaite et la richesse des intentions confèrent à cet Orfeo une émotion brute ponctuée de trilles et vocalises étourdissantes. A ses côtés, la grande plasticité de la voix lumineuse d’ permet au soprano d’aborder avec simplicité et efficacité les deux caractères à priori éloignés de l’impérieuse Musique et de la tendre et éphémère Eurydice. Dans les deux rôles de la Messagère et de l’Espérance, impressionne toujours par son art déclamatoire, sa grande présence vocale et par sa capacité à assumer la variété des intentions des textes qu’elle chante avec la même assurance. Le très beau pasteur du prometteur et le reste de la distribution sont totalement homogènes et intégralement voués au service de la musique. Soulignons à ce titre que l’une des grandes réussites du Jardin des voix et de ce festival est de développer un esprit de troupe à la joie communicative assez rare en France qui fait plaisir à voir et entendre.

Les femmes à l’œuvre pour la méditation

Pour les méditations qui clôturent cette journée champêtre à l’église de Thiré, a souhaité mettre en avant une compositrice du XVIIe siècle inconnue : (1620-1704). Les extraits de sonates sont magnifiquement servis par deux jeunes violonistes de la Juilliard School accompagnées par la viole de gambe de et l’orgue de Marie Van Rhijn tandis que la soprano apporte toute la lumière de son très beau timbre aux deux motets proposés à la méditation des auditeurs et qui semblent être le cœur de création de cette artiste. En silence, les festivaliers quittent l’église, la tête pleine de belles images et de rêves.

Crédits photographiques : © Jay-Qin