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Les cent mots de la danse selon Geisha Fontaine

est danseuse, chorégraphe et docteur en philosophie de l’art. Avec Les 100 mots de la danse publié chez Que Sais-je ?, l’auteur signe un petit livre vivant, dynamique, à la fois accessible et truffé de références et d’anecdotes documentées.

L’exercice est difficile. D’une forme brève – une centaine de pages -, ces 100 mots de la danse ne sont ni un dictionnaire de la danse, ni un répertoire des grands danseurs ou chorégraphes. exclut les noms propres pour se concentrer sur des mots qui font partie du vocabulaire de la danse ou qui ont un lien, parfois ténu, avec celle-ci. Le propos est facile d’accès et pourtant une foule de références précises appartenant à l’histoire de la danse ou d’anecdotes variées émaillent l’ouvrage.

Le contenu est toutefois un peu inégal et certaines entrées sont moins stimulantes que d’autres. Un public averti n’apprendra pas grand chose à l’entrée « Chorégraphe » ou « Danse classique », traitée en une page ou deux. Il ne nous est pas très utile de savoir que la « chute est redoutée par les danseurs classiques » alors qu’elle fait partie du vocabulaire de la danse moderne ou du hip-hop. Le propos n’est pas ici de faire un traité d’érudition sur la danse mais plutôt d’éveiller la curiosité, sur un ton léger, vif et agrémenté d’une écriture agréable.

Geisha Fontaine se plie ainsi volontiers à l’exercice de l’aphorisme. Le terme « sexe », poétiquement défini comme « Le jamais-nommé de la danse/ Mais parfois montré », tient en deux lignes, tout comme « rire » : « Et si la danse était un rire ?/ Comme lui, elle vient du plus profond du corps ». Elle parvient à donner un éclairage inattendu à des mots du quotidien, comme « pied », où l’on apprend que danser pieds nus, à l’instar d’Isadora Duncan, était « perçu comme un acte pornographique ou révolutionnaire » dans les années 1930, sous le régime nazi ; « passion », joliment illustrée par les termes de Merce Cunningham qui décrit la danse comme « cet instant unique et fugitif où se sentir vivant » ; « joie », moteur essentiel de la danse, qui selon Nietzsche « pèse plus que le chagrin » ; « sol », qui peut être plancher, parquet, tapis de danse mais aussi béton, macadam, ou même être recouvert de tourbe ou d’œillets dans Le Sacre du printemps et Nelken de Pina Bausch. Elle explique également, de manière claire et précise, les termes appartenant directement au vocabulaire de la danse, comme l’en-dehors, le ballon, la gargouillade, la pointe, les cinq positions, le répertoire, la variation. Elle donne enfin les clefs de compréhension des différents styles de danse : la danse baroque, la belle danse, la danse classique et néoclassique, les danses contemporaine, moderne et post-modern, danses de société, traditionnelles, indienne, flamenco, butô, la tarentelle, le hip-hop et le jazz. La forme de l’ouvrage implique nécessairement résumés et raccourcis et l’exclusion de certains styles, mais l’auteur parvient à offrir un large panorama des styles de danse sans se limiter à une époque, ni à une zone géographique déterminée. Si aucune entrée, exception faite de la danseuse Virginia Zucchi, centième et dernier mot, n’est un nom propre, ceux-ci parsèment l’ouvrage. Au fil de ces cent mots, l’on rencontrera Pina Bausch, Merce Cunningham, Anne Teresa De Keersmaeker, Maguy Marin, Pierre Lacotte, Marius Petipa, Vaslav Nijinski, Lucinda Child, Trisha Brown, Alvin Ailey, Yvone Rainer, Rudolph Noureev, et tant d’autres.

La principale interrogation que suscite ce type d’ouvrage est de savoir à quel public il s’adresse. Les spécialistes risquent de trouver son apport théorique limité et il reste peu probable que ceux qui ne font preuve d’aucun attrait pour la danse s’y intéressent. Restent les balletomanes ou curieux en tous genres, amoureux des mots, qui trouveront plaisir à se promener au gré des pages et à piocher les mots qui les intriguent ou les interrogent.