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Reincken l’étincelant par Clément Geoffroy

Quel bonheur que cet enregistrement ! Tout y est somptueux : la musique de Reincken, le jeu tour à tour brillant et sensible de et le son ample du clavecin d’Émile Jobin. Une fois de plus, L’Encelade nous offre une pépite.

On connaît trop mal , organiste de l’église Sainte-Catherine de Hambourg dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, et fondateur dans cette ville de la première maison d’opéra d’Allemagne. De son vivant, seules les six sonates composant son Hortus musicus ont été publiées. Mais certaines de ses compositions pour l’orgue et pour le clavecin ont été heureusement copiées par ses contemporains, car sa renommée était immense dans toute l’Europe du Nord. C’est ainsi qu’elles sont parvenues jusqu’à nous et leur grande qualité atteste du bien-fondé de la réputation de leur auteur. Dans cet enregistrement, a choisi d’ajouter quelques pièces dont l’attribution est douteuse, dont une suite en la mineur qui pourrait être de la main de . lui-même a transcrit certaines sonates de l’Hortus musicus pour clavier, et nous en entendons ici un exemple méconnu.

Le jeu inspiré du jeune claveciniste fait merveille dans ce répertoire, tant dans la virtuosité propre au stylus fantasticus que dans l’écriture à la française des allemandes et sarabandes où son toucher sensible rend parfaitement les qualités expressives du compositeur. Une toute petite réserve, cependant, est appelée par la vélocité parfois un peu inutilement nerveuse, comme dans la fugue en sol mineur. Deux sommets dans ce programme : deux airs à variations, le premier intitulé Ballett et le deuxième sur l’air de La Meierin, emprunté à Johann Jakob Froberger. Cette dernière grande partita nous offre dix-huit variations admirables qui rappellent les variations de son ami Buxtehude sur La Capricciosa et préfigurent les Variations Goldberg de Bach. On y admire, à chaque reprise, la science de l’ornementation de l’interprète, d’un goût très sûr.

Le choix du clavecin, un instrument d’Émile Jobin s’inspirant de la facture flamande des Rückers, est parfait : un son éclatant et précis au service du contrepoint de Reincken. L’accord au tempérament inégal (Lambert-Chaumont) lui confère une palette de couleurs très riche. Quant à la notice du livret, signée par Clément Geoffroy lui-même, elle témoigne de la grande culture et de la curiosité féconde de ce jeune claveciniste qui nous emmène avec bonheur hors des sentiers battus.

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