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Le Ballet national d’Ukraine convoque la féerie Casse-Noisette dans votre salon

Les Éditions BelAir Classiques éditent une version originale et talentueuse de Casse-Noisette par le Ballet National d’Ukraine.

En cette période de fête, vous ne manquerez pas d’excellentes raisons pour revoir le célèbre ballet-féerie Casse-Noisette de Ernst Theodor Amadeus Hoffmann et Marius Petipa mis en musique par Piotr Illitch Tchaïkovski.

Ce DVD, enregistré à l’Opéra National d’Ukraine en mai 2018,
est intéressant à plus d’un titre. Le premier étant sans conteste la qualité des danseurs. Le second point étant que cette version permettra de (re)découvrir la proposition chorégraphique de Valeriy Kovtun. Ce dernier fut danseur, chorégraphe et directeur du Ballet de Kiev. Sur les bases du ballet original, il a construit une chorégraphie sobre toute en subtilité et en ellipses. Les danseurs sont sans cesse mobiles, les solistes au corps déliés ondoient tandis que les tableaux s’enchainent avec dynamique. Les danseurs nous font glisser de l’un à l’autre comme dans une rêverie.

Écartons en l’exprimant d’emblée une toute petite réserve quant aux costumes : relativement réussis voire beaux pour certains (le costume des Clara, celui des flocons), d’autres par des surcharges de détails et de couleurs incongrues n’échappent pas à l’écueil du kitsch. Kitsch et laideur qui caractérisent également le sapin de Noël tristounet, certains décors (l’horloge) ou encore les affreuses lumières rouges qui viennent gâcher certains décors .

Cela n’en fait pas moins de ce ballet un très belle expérience. La réalisation de Bertrand Normand permet de vivre ce film comme une sortie à l’Opéra. La caméra nous accueille au dehors, à Kiev, pour nous faire entrer dans l’Opéra où, sous les premières notes de l’ouverture, on voit les spectateurs s’installer. Nous profitons même d’un petit aperçu du remarquable travail de l’Orchestre et l’envoûtant Chœur de l’Opéra national d’Ukraine et de son chef Oleksiy Baklan dans la fosse.

Lorsque les danseurs apparaissent sur scène, on est d’emblée saisis par les qualités qui caractériseront toute la pièce : une exactitude et une légèreté sans pareille. Les danseurs exécutent chaque pas avec une prestance, une fluidité aérienne, des ports de bras et des penchés extrêmement gracieux. Il n’est guère étonnant que le Ballet de l’Opéra National d’Ukraine soit une pépinière de talents. On sent dans cette netteté, dans les ports de bras, les penchés, la filiation avec l’école russe mais le style est peut-être ici plus flexible, moins ostensiblement axé sur la force.

La construction des personnages n’est pas délaissée, l’Oncle Drosselmeyer (Yaroslav Tkachuk) est restitué avec toute son ambiguïté, enveloppé de mystère, presque inquiétant. De menus détails comme la gestuelle de personnages portant le doigt à leur bouche entretiennent la douceur et le mystère.

Valéry Kovtun nous surprend en faisant le choix de brouiller à diverses reprises les frontières de genre et les caractéristique traditionnellement attachées aux danses féminine et masculine ainsi qu’à la distribution des rôles. Ainsi, le petit frère de Clara, Fritz est interprété par une pétillante Ielizaveta Gogidze, la poupée de Casse-Noisette, Ielizaveta Cherniak, en bottes de caractère, effectue manège vigoureux et sauts vaillants dans la bataille contre les souris.

Les divertissements sont joliment menés, la danse exotique plus réussie étant sans doute la Danse chinoise, les interprètes de la Danse espagnole et de la Danse du Café présentent un haut niveau technique mais manque de synergie.

Aussi homogène et talentueux que soit le corps de ballet et les premiers danseurs, ce sont les solistes qui soutiennent toute la pièce. Iuliia Moskalenko est absolument radieuse. Un modèle de précision technique, de grâce et de musicalité. Le personnage peut-être le plus lisse du ballet, le Prince/Casse-Noisette quant à lui, trouve une épaisseur dans la qualité du travail de Mykyta Sukhorukov puissant sans être athlétique. Innovation bienvenue de Valeryi Kovtun, plusieurs variations dans la seconde partie leur donnent un plus large espace d’expression. Le climax de leur démonstration se situe bien évidemment dans l’étincelant pas de deux final.

Dans le dernier tableau Valeryi Kovtun livre sa propre réponse à nos interrogations : ce voyage était-il le fruit d’un rêve ou d’un enchantement ? Un voyage que petits et grands prendront plaisir à effectuer quoiqu’il en soit.

 

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