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François-Xavier Roth et Les Siècles inaugurent l’année Berlioz à la Philharmonie de Paris

, à la tête de son orchestre des Siècles et en compagnie de l’altiste , ouvre avec éloquence le premier week-end thématique consacré par la Philharmonie de Paris au plus grand des musiciens romantiques français, , dont on célèbre en 2019 le cent-cinquantième anniversaire de la mort. Un concert d’œuvres emblématiques où s’affirment avec une particulière acuité l’inventivité du compositeur.

Les affinités du chef français pour la musique de Berlioz ne font de doute pour personne. En témoignent ses années de formations auprès de Sir Colin Davis au LSO, ou encore celles passées auprès de Sir John Eliot Gardiner comme assistant dans Les Troyens ou Benvenuto Cellini. En 2003, il créé son propre orchestre, , dont la particularité est de jouer chaque répertoire sur des instruments d’époque historiquement appropriés. En collaboration avec le Festival Berlioz, il créé le Jeune Orchestre Européen . Sa discographie imposante s’organise surtout, avec , autour de la musique française et comprend un premier enregistrement de la Symphonie fantastique en 2010. Son dernier album, qui paraît cette semaine chez Harmonia Mundi, regroupe Les Nuits d’été chantées par le baryton Stéphane Degout et Harold en Italie avec en soliste.

Théâtralité, tel est le maître mot

L’Ouverture de Benvenuto Cellini reprend quelques thèmes de l’opéra et débute, à l’image du héros, dans la fougue nerveuse du tutti, bientôt suivi d’un Larghetto menaçant mené par une petite harmonie bien présente, sur des pizzicati de violoncelles. On est d’emblée surpris, et rapidement séduit, par la sonorité ronde des violons montés sur boyaux, par la dynamique soutenue du discours, par la nervosité communicative de la direction qui parvient à maintenir un parfait équilibre entre les pupitres, avec des cuivres bien contenus.

L’Ouverture de Béatrice et Bénédict propose, quant à elle, une sorte de pot-pourri d’une douzaine de thèmes empruntés à l’opéra. Elle s’inscrit dans la même veine orchestrale gorgée de couleurs soulignant encore les talents d’orchestrateur de Berlioz. On note le sublime legato des cordes, les performances individuelles de Christian Laborie à la clarinette et de à la flûte, la poésie et l’humour de la ligne mélodique autant que la pertinence, la clarté et la précision de la direction conduisant à un crescendo final idéalement dosé.

Hélas qui trop embrasse, mal étreint… À trop vouloir souligner les détails et les couleurs d’une instrumentation foisonnante, le chef perd le fil de la narration dans Le carnaval romain, donné dans la même salle, la veille, par l’Orchestre de Paris, sous la direction de Michael Tilson Thomas. Autant la lecture du chef américain emportait l’enthousiasme, autant celle de déçoit par son phrasé chaotique, son tempo trop lent et ses nuances abusivement marquées, notamment dans le saltarello. Un lyrisme trop contenu au début, puis un excès de nuances, trop marquées aux dépens de la conduite de la ligne, nuisent assurément à l’esprit de l’œuvre, malgré une remarquable intervention du cor anglais.

Moins de réserves en ce qui concerne Roméo seul, extrait de Roméo et Juliette, où François-Xavier Roth souligne avec une grande délicatesse les contrastes et la variété des timbres de la partition, exaltée par la clarté de la mise en place, la transparence de la texture et la spatialisation sonore (harpes, cuivres, percussions). Les performances solistiques sont là encore de tout premier ordre avec une belle cantilène d’Hélène Mourot au hautbois.

Harold en Italie, après la pause, restera sans doute le moment inoubliable de cette soirée. La sonorité voilée particulièrement émouvante de l’alto de Tabea Zimmermann, son jeu magistral et sensuel, la symbiose totale avec l’orchestre concourent à faire de cette interprétation un moment d’exception où le temps reste suspendu. Le premier mouvement voit le chant de l’alto se déployer dans un climat d’errance mystérieuse typiquement byronien, le second installe autour de l’alto une ambiance nimbée d’une fluidité recueillie avec, là encore, des effets de spatialisation sonore (rapprochement et éloignement des pèlerins, les cloches au lointain, le cor et la harpe…). Le troisième dans un style pastoral très dansant voit dialoguer l’alto, le hautbois et le cor anglais dans un superbe mélange de timbres, avant que le quatrième nous donne à entendre l’Orgie des brigands dans un véritable feu d’artifice orchestral. En bref, une magnifique interprétation qui s’appuie sur un phrasé très narratif avec beaucoup de relief sonore qui fait de Berlioz le précurseur du poème symphonique.

Après un triomphe mérité, Tabea Zimmermann rejoint le pupitre des altos pour une jubilatoire Marche de Rákóczy.

Crédit photographique : François-Xavier Roth @ Julien Hanck