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Le théâtre sonore du clavecin français par Anne Marie Dragosits

La claveciniste autrichienne privilégie pour ses enregistrements des clavecins historiques dont la sonorité particulière s’accorde à l’esprit du répertoire choisi. Pour ce programme français bâti autour des figures de la mythologie, elle joue un grand instrument construit par Pascal Taskin en 1787.

De D’Anglebert à Duphly en passant par Couperin et Rameau, les clavecinistes français ont cherché à nous raconter des histoires inspirées du monde des mythes. Transcriptions d’opéra ou portraits des divinités du Panthéon, ces pièces de clavecin nous offrent un spectacle de musiques à programme comme autant de petites scènes théâtrales. Pour la variété des sons que permettent les différents jeux répartis sur ses deux claviers, a choisi un clavecin « à effets » comme un opéra à machines.

Dès la première pièce, l’alternance des sonorités et les changements d’intensité sonore déroutent l’oreille de l’auditeur. Il semble qu’il y a là plusieurs instruments, particulièrement lorsque l’interprète utilise le jeu de buffle, où les plectres en cuir  semblent caresser la corde plutôt que la pincer. Et puis on s’habitue, et même les imperfections mécaniques de l’instrument participent à la poésie de l’univers sonore dans lequel on pénètre peu à peu. Anne Marie Dragosits nous explique dans le livret que le mécanisme des genouillères permettant le changement des registres est particulièrement délicat et que certains jeux continuent à résonner alors qu’ils ne sont pas enclenchés, ce qui crée un halo sonore qui renforce la poésie de l’évocation musicale.

L’Entretien des Muses de Rameau et Les Grâces de Duphly déploient leur charme dans une interprétation sensible aux tempi fluctuants. Elles contrastent avec l’évocation guerrière des Cyclopes de Rameau où il nous semble entendre le déchaînement des éléments. La musique se fait véritablement descriptive dans ces pièces qui nous donnent à entendre les cris et la fureur des personnages maléfiques. Particulièrement brillante, la Marche des Scythes de Royer évoque la cavalcade des chevaux à travers la steppe, avec de brusques ruptures et des silences qui ajoutent à la dramatisation, ainsi que dans La Jupiter de Forqueray qui termine ce programme, où il nous semble entendre les éclairs et les grondements du tonnerre. L’interprétation très théâtrale d’Anne Marie Dragosits convient bien à l’évocation de ce monde imaginaire et met en valeur les nombreuses possibilités sonores de l’instrument de Taskin conservé au Musée des Arts et Métiers de Hambourg.