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Un Bach français à l’orgue de Saint-Pons avec Jean-Louis Vieille-Girardet

Présenter un récital Bach sur un orgue baroque français relève bien souvent du défi. Par un choix judicieux de pièces inspirées de l’écriture à la française, démontre une approche possible grâce aux timbres contrastés et lumineux de l’orgue de Saint-Pons.

L’interprétation d’œuvres de Bach sur un orgue classique français n’est pas nouvelle. On se souvient de Pierre Bardon à Saint-Maximin ou de Michel Chapuis à Albi. En général les interprètes choisissent des pièces que Bach lui-même a composées sur différents modèles, inspirés de Nicolas de Grigny ou de François Couperin. C’est le cas ici en partie où l’organiste construit un programme avec des pièces qui côtoient des transcriptions, dont un concerto de Vivaldi adapté au clavier par Bach lui-même, suivi de divers arrangements réalisés par l’interprète. Comme le fit André Isoir avec les cantates, mine inépuisable, on entend quelques airs confiés à des jeux solistes caractéristiques, comme le cromorne ou le cornet.

La Fantaisie en Ut mineur à 5 voix rappelle étrangement les fugues de Grigny, dont Bach avait recopié le livre d’orgue dès sa publication. Le choral « Sur les fleuves de Babylone » écrit comme une tierce en taille trouve ici sa signification sonore grâce à ce mélange purement français. L’Art de la fugue, représenté ici par trois contrepoints démontre dans la fugue VI « in stile francese » les capacités polyphoniques du grand-jeu d’anches de l’orgue français sur lequel étaient écrites les fugues présentes dans les livres de suites. Du coup on se rend compte combien le grand Plein-jeu, autre mélange typique, offre moins de possibilités dans ce domaine, étant traité de manière plus harmonique, correspondant d’avantage à la pompe ecclésiastique des grands préludes pour la messe. De même l’absence de jeu de 16 pieds au pédalier ne gêne en rien le rendu de ces pièces, une belle flûte de 8 pieds à la pédale valant largement la sempiternelle Soubasse.

L’orgue de l’ancienne cathédrale de Saint-Pons-de-Thomières, situé dans les cantons montagneux de l’arrière pays héraultais, est l’un des plus beaux témoins de ce que l’orgue baroque a pu produire dans notre pays. Miraculeusement conservé et quasiment intact depuis sa construction en 1771 par Jean-Baptiste Micot, il offre toutes les qualités requises pour une interprétation authentique du répertoire couvrant les XVIIe et XVIIIe siècles. L’ensemble architectural est somptueux, l’orgue rouge et or dans son buffet de style Louis XV repose au dessus de l’autel sur une grande tribune en marbre rose du pays. L’opulence du décor n’est pas sans rappeler celui de la chapelle royale de Versailles. Magnifiquement restauré en 1982 par Paul Manuel et Barthélémy Formentelli, il n’a cessé depuis d’exalter la musique ancienne et tous ceux qui la font vivre. est un habitué de longue date de cette tribune, partageant ses activités parisiennes d’organiste suppléant à l’église de la Madeleine avec celles d’organiste Saint-Ponais. On reconnait son admiration pour Michel Chapuis dont il a transcrit plusieurs des improvisations. Il reprend ici quelques idées de son maitre, notamment en rajoutant un continuo dans le Trio en sol mineur et propose une véritable orchestration dans le choral final de la cantate BWV 129.

Il est heureux de saluer ici la naissance d’un nouveau label Côté Ut dièse, en souvenir de la disposition particulière et diatonique des tuyaux d’orgue dans les grands buffets français. Il nous livre là un travail soigné tant par la prise de son que par l’élégance de la pochette. On espère la naissance prochaine d’autres albums qui viendront faire rayonner encore plus les mérites de l’orgue historique de Saint-Pons-de-Thomières.