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Les messes retrouvées de Jehan Titelouze par l’ensemble Les Meslanges

est un compositeur rouennais du début du XVIIe siècle, célèbre pour son Livre d’orgue qui a fait de lui le père fondateur de l’école d’orgue française. Chanoine à la cathédrale, il a également composé des messes vocales qui viennent d’être découvertes et qui sont présentées ici pour la première fois par l’ensemble .

Aujourd’hui encore, quelque miracle musical peut se produire : Pour preuve cette découverte inespérée dans un fond de bibliothèque à l’Institut catholique de Paris. En novembre 2016, le musicologue Laurent Guillo révèle au grand jour un recueil de vingt-six œuvres musicales du début du XVIIe siècle. Parmi ces partitions figurent quatre messes inédites de imprimées en 1626. Ce disque, un premier volume, propose deux de ces messes : La Missa Cantate à six voix et la Missa in Ecclesia à quatre voix. L’enregistrement intègre une Hymne et un Magnificat extraits du Livre d’orgue et agrémentés du plain-chant alterné avec des œuvres de son contemporain .

Dès les premières mesures de la Missa Cantate, l’émotion est forte. Immédiatement, on ressent l’écriture d’un esprit supérieur dont l’inspiration semble ancrée dans les terres du nord, Angleterre ou Flandres. Les lignes sont épurées, planantes souvent, rappelant les polyphonies savantes d’un Thomas Thallis. Le début du XVIIe siècle voit en Europe une véritable explosion dans l’évolution de la musique, c’est l’époque où l’on voit fleurir au même moment les plus grands livres d’orgue avec Correa de Arauxo en Espagne, Samuel Scheidt en Allemagne, Frescobaldi en Italie et Titelouze en France. C’est une période où les compositeurs souhaitent sortir du vieux carcan de la polyphonie austère. Sous une carapace rigide bouillonne mille idées nouvelles pour libérer le discours. Titelouze travaille à cela et compose une musique sensuelle et unique. Certes conforme aux exigences de l’église, il combine avec brio le dogme et la sensibilité. On décèle même d’ailleurs dans son esprit musical, malgré le style dicté par la contre-réforme, quelque chose de protestant, à la manière de ses contemporains allemands.

L’ensemble propose une version « colla parte » des deux messes, c’est-à-dire avec un groupe d’instrumentistes doublant les voix et regroupant des cornets, sacqueboutes, serpents… Eva Godard au cornet et au serpent conduisent leurs instrumentistes et apportent par leur grande expérience de ces répertoires une homogénéité parfaite avec les voix, pour aboutir à un ensemble chatoyant et contrasté. La direction de précise et souple convient parfaitement à ces œuvres dont il a saisi avec ses chanteurs toute l’essence. La musique ainsi s’élève au plus haut et on admire la maitrise de l’écriture dans la Messe Cantate à six voix. Cette grande qualité d’écriture vocale se retrouve exactement de la même manière dans ses œuvres d’orgue, ce qui a conduit les interprètes à associer l’hymne Pange Lingua et le Magnificat du 2° ton, tous deux issus du livre d’orgue. Le disque offre une autre découverte d’importance avec l’instrument de Champcueil construit par Dominique Thomas en 2010 suivant les principes de l’orgue franco-flamand du début du XVIIe siècle. Il repose sur une montre de 16 pieds, et comporte les jeux caractéristiques de l’époque ainsi qu’un tempérament mésotonique intégral. Il représente un certain idéal pour ces pages. joue ces versets avec beaucoup d’inspiration et pour le choix de registrations colorées qui alternent agréablement avec des faux-bourdons et des polyphonies de (1585-1632). Titelouze fait coller littéralement sa musique avec les textes du Magnificat. Chaque phrase, composée de deux parties, se retrouve traduite en musique dans chaque verset d’orgue de manière assez troublante. La musique peut changer tout à coup pour exprimer un mot, une idée.

Ce disque est un évènement majeur, il nous permet de connaitre une musique qui dormait depuis presque 400 ans. De plus, ces œuvres sont magistralement interprétées par des musiciens spécialistes qui ont su retrouver les codes et le style d’un art lointain, glorieusement ressuscité. Il est inutile de préciser que le volume deux qui contiendra les messes Simplici corde et Votiva est attendu avec une vive impatience.