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Wolfgang Sawallisch, rééditions orchestrales chez Orfeo

Le label bavarois Orfeo avait déjà mis à la disposition des discophiles une impressionnante série d’opéras « live » dirigés par l’immense chef d’orchestre munichois , dont en 2018 Così fan tutte de Mozart, Der fliegende Holländer et Tristan und Isolde de Wagner. En rééditant également dans la belle série « Orfeo d’Or » ses gravures légendaires orchestrales qu’il devenait difficile de se procurer, le label allemand fête ainsi dignement le 95e anniversaire de disparu le 22 février 2013.

Et à ce propos, il serait vraiment également bienvenu et urgent que des majors tels que Warner Classics et Universal Classical suivent enfin cet exemple en publiant deux intégrales respectivement des gravures Columbia-EMI et Philips-DG du maître, lequel n’avait bénéficié jusqu’à présent du premier éditeur que d’un modeste coffret « Icon » reprenant l’intégrale des symphonies de Beethoven et Brahms ; la discographie de Sawallisch est bien plus éclectique.

De fait, sa carrière discographique embrasse divers labels, à commencer par Deutsche Grammophon dès 1953 avec quelques gravures réalisées à la tête des Bamberger Symphoniker. Il reviendra au célèbre label jaune mais bien plus tard, avec notamment, en 1979, un éblouissant Château de Barbe-Bleue de Bartók, et en 1981, divers accompagnements au piano (où il excellait également) de chanteurs réputés qui le vénéraient. Mais c’est surtout la Columbia anglaise, par l’intermédiaire du sévère Walter Legge, ainsi que Philips, qui le feront vraiment apprécier du public : Columbia et le Philharmonia lui offrent d’accompagner la violoniste Johanna Martzy dès 1954, le corniste Dennis Brain en 1956, la pianiste Annie Fischer en 1958, et produisent ensuite autant de références que sont les ouvertures de Weber et des œuvres de Richard Strauss dont surtout l’incomparable Capriccio (1958). Tandis qu’en 1972, EMI nous offre la référence d’œuvres symphoniques de Schumann, et, de 1977 à 1983, ne rate pas l’opportunité d’utiliser Sawallisch et ses forces bavaroises pour l’imposante anthologie chorale schubertienne qui n’a encore à ce jour aucun équivalent, ainsi que de nous laisser ses brillants témoignages à la tête du Philadelphia Orchestra dont il fut le sixième directeur musical de 1993 à 2003. Entre les deux se situe la « période Philips », débutée en 1959 avec les Wiener Symphoniker, poursuivie avec les enregistrements légendaires d’opéras de Wagner à Bayreuth (1961, 1962), et aboutissant aux premières gravures mondiales intégrales, superbes, des symphonies de Schubert (1966) et Mendelssohn (1967), ainsi que l’oratorio Elias op. 70 de ce dernier (1968). Enfin, chez Supraphon il nous lègue des enregistrements d’œuvres de compositeurs tchèques envers lesquels il témoignait de beaucoup d’affinités : Antonín Dvořák, Leoš Janáček, Bohuslav Martinů, Petr Eben, Viktor Kalabis…

Nous ne reviendrons pas sur l’exceptionnelle carrière de Wolfgang Sawallisch, abondamment évoquée dans l’article de notre confrère Pierre-Jean Tribot auquel nous reportons le lecteur.

Le cœur de cette réédition Orfeo proposée à l’occasion du 95e anniversaire de Wolfgang Sawallisch, ce sont évidemment les quatre symphonies de Bruckner enregistrées par le grand chef munichois. Remarquable interprète de Schubert dont il nous a laissé des quasi intégrales orchestrales et chorales exceptionnelles et de référence, il était tout naturel qu’il nous ait légué des interprétations brucknériennes de très haut niveau : Symphonie n° 1 dramatique et tendue, d’une parfaite lisibilité ; Symphonie n° 5 implacable, puissante mais sans lourdeur, superbement construite ; Symphonie n° 6 que Sawallisch se refuse à considérer comme l’insaisissable parent pauvre de ses sœurs, alors que son mouvement lent est un pur chef-d’œuvre ; Symphonie n° 9 plutôt allante, plus dramatique que mystique et contemplative… Et l’on se met à regretter amèrement que Sawallisch n’ait pas enregistré une intégrale. Les deux juvéniles symphonies de Weber trouve en Sawallisch leur réalisation idéale sous sa baguette intelligente et chaleureuse. Son impeccable maîtrise orchestrale lui permet d’aérer le discours musical tout en faisant chanter superbement les groupes instrumentaux. Le Requiem Allemand de Brahms montre à l’évidence son aisance à maîtriser les masses chorales, mais toujours avec la plus parfaite lisibilité, renouvelant ainsi sa réussite viennoise antérieure chez Philips. Enfin, tout enregistrement d’œuvres de Pfitzner, d’une richesse d’orchestration bien personnelle, est le bienvenu, et particulièrement dans le cas de Sawallisch où il s’y sent à l’aise et s’impose tout naturellement auprès des gravures du compositeur lui-même, et des tout grands comme Furtwängler, Jochum, Keilberth, Kubelík, Lehmann, Leitner, Schmidt-Isserstedt…