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Sons et lumière d’Agata Zubel par l’Ensemble 2e2m

Pour ce deuxième concert clôturant la résidence d’, l’ et son chef maintiennent une affiche cent pour cent féminine et très internationale, invitant aux côtés de la compositrice polonaise la Suédoise et la Biélorusse .

est sur scène pour sa pièce avec voix Labyrinth (2011) écrite sur un texte de la poétesse polonaise Wislawa Szymborska. Entre urgence fébrile et espaces quasi silencieux, la compositrice et interprète donne une lecture quasi viscérale du texte. L’écriture instrumentale est toujours organiquement solidaire de la voix qu’elle submerge parfois, le saxophone ténor – brillant Philippe Caillot – prenant alors le relai. On retrouve cette manière très zubelienne de fragmenter le poème, dans un temps très discontinu et à fleur de souffle, qui exacerbe la tension émotionnelle : « un précipice mais aussi un pont / un petit pont mais fragile / fragile mais unique / car il n’y en a pas d’autre ».

de est aux manettes face aux musiciens dans Jasmonate (2017) de . Concevant sa pièce dans un univers très bruité et intrigant, la compositrice veut lancer des signaux de détresse face à la dégradation de notre environnement due au réchauffement climatique. Une guitare électrique posée sur un support est « travaillée au corps » par toutes sortes d’accessoires, les instruments à cordes sont préparés et le son comme érodé par des techniques de jeu sophistiquées : ça frotte, ça grince, ça râpe… L’œuvre issue du drame musical documentaire Kudzu de Malin Bång prend une dimension théâtrale avec la machine à écrire, les porte-voix des musiciens et le texte écrit sur un grand bloc de papier par le percussionniste, autant d’objets symboliques intégrés au matériau sonore qui renvoient aux témoignages formulés sur le sujet. Tels encore ces deux sabliers que les instrumentistes mettent sur le devant de la scène pour mesurer l’urgence du message. La prise de position esthétique et le geste fort qui se déploie ne laissent pas indifférents.

Si le titre de la pièce suivante, Staahaadler Affenstall reste obscur, la musique d’ pétille d’invention et d’humour. Trônant au fond de la scène, le percussionniste Clément Delmas en est le maitre d’œuvre, la partition étant l’agrandissement d’une pièce pour batterie et échantillonneur. joue sur l’interaction des sons enregistrés et de la partie instrumentale live, dans un montage un peu fou, plein d’inattendus et de juxtapositions fantasques, avec boucles obsessionnelles, ralentissements inquiétants et relances amenées par la percussion : un jeu de double virtuose et fort bien ficelé dont et les musiciens de 2e2m cisèlent les contours.

C’est la lumière qui interagit avec le son dans 3×3, la commande passée à Agata Zubel et donnée en création mondiale dans le cadre de sa résidence. Dans cette pièce magistralement conduite, la compositrice travaille le mouvement du son dans l’espace, que la lumière souligne et montre tout à la fois. Les neuf lampes mobiles s’allument en effet à chaque intervention instrumentale, grâce au logiciel infaillible de « suivi de partition » contrôlé par . Trois groupes de trois instruments – violon, clarinette, hautbois / violoncelle, guitare électrique, alto / saxophone, contrebasse, trompette – ont investi tout le plateau. L’écriture, pointilliste au départ, met l’œil et l’oreille de l’auditeur à l’affût, Zubel jouant sur l’alternance de chaque groupe avant de développer un discours virtuose et haut en couleur dans un espace de plus en plus éclaté. Les boucles et autres profils morphologiques conçus dans un temps très discontinu ne sont pas sans rappeler l’écriture vocale de la compositrice. Par trois fois, les interprètes changent de camp en emportant leur lampe respective, la guitare électrique assurant le son de ces déplacements : de la finesse et de l’humour, de l’invention et du métier dans cette œuvre performative très galvanisante dans laquelle s’engage avec vaillance toute l’équipe de 2e2m.

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