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La réciprocité amoureuse de Marie Vermeulin

L’influence entre Clara et a été bien étudiée. Mais, sous les doigts de , elle est vécue “à domicile”, presque, dans la lumière d’un magnifique Bösendorfer.

La Toccatina de Clara Wieck, qui ouvre les Soirées musicales, nous fait croire en la présence de Robert. Par la suite, telle Scène d’enfants évoque le regard de Clara. Puis la voix d’un Notturno de Clara se détourne de l’imprévu schumannien pour aller vers Chopin et Schubert. La Ballade de ces mêmes Soirées Musicales, si rêveuse en son cœur, pressent « les berceuses de la douleur » chères au Brahms des ultimes partitions. La pensée musicale de Clara apparaît peu contrainte par l’esthétique du moment. En assimilant les courants du romantisme, en devinant l’élargissement des doigts et de l’harmonie, et parce qu’elle est une interprète de génie, l’une des plus grandes pianistes de son époque, Clara “embrasse”, dans son écriture, une immense période. Parfois, son pianisme s’impose dans l’inspiration d’une Mazurka plus convenue, mais dont Robert reprend l’élan des premières mesures. Plus souvent, elle révèle sa personnalité unique comme dans la Romance sans numéro d’opus. Une pure merveille. joue avec beaucoup de tendresse ces pages ambrées, se délectant d’un piano Bösendorfer à la sonorité ronde et chaleureuse, propre à dissimuler la puissance qui peut surgir en une mesure.

Les Scènes d’enfants sont tout aussi intimistes et interrogatives. Ce récital n’est décidément pas dédié aux grands espaces, mais au dialogue comme le suggère l’excellent livret. Le changement de toucher et de phrasé ne se fait pas avec la brusquerie que l’on entend trop souvent. C’est bien la fluidité du chant qui est privilégiée, assurée par la longueur de son du piano, des bases rauques (Un grand événement) qui transposent magnifiquement la voix masculine et à laquelle répond Rêverie, la pièce que Vladimir Horowitz estimait être la plus difficile à jouer de tout le répertoire. Sous les doigts de Marie Vermeulin, Les Scènes de la Forêt possèdent le doux parfum de la tranquillité, nimbées jusque dans le Chasseur aux aguets. L’interprète pense les phrases dans leur intégralité (Fleurs solitaires) et ne quitte jamais sa place de conteuse, évacuant toute menace (Lieu maudit). La Nature est, ici, un refuge.

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