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Quand le roi de Prusse passait commande à ses musiciens

Frédéric le Grand de Prusse se réservait tous les jours quelques heures pour jouer de la flûte. Et comme il aimait aussi se produire en public, il demandait des pièces spécialement écrites pour lui. Flagornerie ou source d’inspiration pour les compositeurs ?

Il suffit qu’un monarque soit passionné de musique pour que la vie des musiciens devienne une source constante de renouvellements. Le Docteur Charles Burney, chroniqueur musical nous informe : « L’embouchure du roi est nette et égale, son doigté brillant, et son goût pur et simple. » Les musiciens qui avaient la chance de croiser le chemin de Frédéric Le Grand étaient certains de repartir avec une commande sous le bras. Ainsi allait la générosité du roi de Prusse au milieu du XVIIIe siècle.

Ce double CD propose une sorte de banquet musical qui débute par la grande lumière du Ricercar de l’Offrande Musicale de pour clavecin seul. Vient ensuite la Sonate en trio en mi mineur de , grand maître de la flûte, qui présente un dialogue aérien entre les parties. Suit la Sonate en do majeur pour violoncelle de , véritable plongée de l’instrument dans la méditation, où le grain de son, les incises d’archet, apportent toute l’altérité d’une musique sereine. Suivent deux sonates des frères Graun ou la flûte s’entoure aussi de cordes pour un Quintette en la mineur. Ainsi s’achève le premier CD comme il a commencé, interprété un peu sérieusement, sans folie cachée.

Le CD 2 débute par une Sonate pour flûte de Müthel, tout à fait inspirée, jouée avec grande sobriété par les musiciens du , peut-être trop. Dans ces musiques sages, on demande beaucoup à l’interprète, comme redonner la vie là où la partition semble ne plus en donner suffisamment. C’est ensuite autour du Trio de Benda que se rejoignent le violon, le violoncelle et le clavecin. Déjà les prémices de l‘époque galante se dessinent, malgré une imperceptible raideur dans le jeu du violon, ne jouant pas assez avec les couleurs de son instrument et les affects du vibrato. Un solo de clavecin de Fasch poursuit le voyage, dans des enchaînements parfois surprenants, servis par un instrument qui rappelle le doux martellement du cymbalum. Enfin, un étonnant duo pour flûte et violon de C.P.E. Bach clôt ce voyage autour de cette flûte si prisée par Frédéric le Grand.

Un double CD riche en découvertes qu’on aimerait peut-être davantage animé d’un éclat plus généreux dans les couleurs. On peut néanmoins juger à travers ces œuvres écrites la plupart pour le roi un niveau instrumental tout à fait intéressant.