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Folie et Raison avec la soprano Carolyn Sampson

Programme innovant et original, quelque peu desservi par une interprétation qui n’est pas tout à fait à la hauteur du projet.

On applaudira sans réserve l’originalité, la pertinence et la cohérence de ce programme thématique qui fait la part belle à toutes ces femmes ayant, à des degrés divers, perdu la raison. Certes, on ne comparera pas les souffrances de Mignon aux affres de Marguerite et encore moins à la vraie folie d’Ophélie, figure emblématique du romantisme européen qui, de Brahms à Chausson en passant par Schumann, Strauss et Saint-Saëns, parcourt les plages de ce CD. On s’étonnera peut-être de voir apparaître Bilitis et Astarté dans un tel environnement, mais c’est la preuve en tout cas de la richesse insondable de la littérature pour chant et piano des XIXe et XXe siècles français et allemands. Associations osées, parfois, et l’on rêve de ce que pourrait être un récital mis en espace autour d’une telle thématique. Expérience à tenter, assurément.

Avec son soprano cristallin rompu aux lignes du chant baroque, indemne de tout vibrato, n’est sans doute pas la chanteuse idéale pour se risquer à un tel défi. L’instrument est de fait assez rapidement heurté dans les déferlements wolfiens, et presque hors de propos dans les Drei Lieder der Ophelia de Strauss pour lesquels une Schwarzkopf, pour ne nommer qu’elle, a laissé de brûlants souvenirs. Peut-être n’est-elle pas aidée non plus par la violence pianistique de l’accompagnement de son comparse , un peu trop présent dans certaines pièces. Par ailleurs, le français de la cantatrice anglaise n’est pas suffisamment sûr et habité pour rendre pleinement justice aux mélodies de Debussy, Koechlin et Poulenc, lesquelles font appel à une sensualité vocale, voire à une théâtralité, qui manquent ici à notre grande haendélienne. Chausson, Saint-Saëns s’en sortent mieux, en raison sans doute de la nature plus intimiste des textes à interpréter. C’est plutôt dans les émois brahmsiens et schumanniens que Sampson est à son meilleur, dans des pièces dont l’accompagnement discret permet à la voix de filer un legato de rêve. On s’étonne, connaissant le « pédigrée » de la chanteuse de ne pas voir dans ce programme des mad songs de Purcell – et pourquoi pas celles harmonisées par Britten – où elle eût été sans égale.

Belle initiative, donc, quelque peu entravée par les limites de l’interprétation.