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Monteverdi par Comet Musicke : petit effectif et grand talent

Remarqué en 2017 au festival Sinfonia en Périgord (où il a remporté le prix Jeune Talent), le jeune ensemble est l’invité du Festival de Radio France  Occitanie Montpellier pour trois concerts itinérants.

C’est à la salle Pasteur du Corum de Montpellier que nous avons découvert leur programme original, mêlant des pièces de Monteverdi et de ses contemporains à deux créations de compositeurs d’aujourd’hui.

Les cinq musiciens de cassent les codes avec bonheur : entrée en musique en traversant le public, jeu de scène humoristique pour un concert-biographie qui nous raconte la vie de Monteverdi, violes jouées debout (posées sur un tabouret)… Et surtout, des musiciens tour à tour chanteurs, récitants, multi-instrumentistes, qui passent d’un art à l’autre avec beaucoup de naturel. Ponctuant le récit de la vie du père de l’opéra, des extraits des plus grandes œuvres de Monteverdi s’enchaînent avec une belle cohérence. Deux créations contemporaines s’insèrent parfaitement dans ce programme : une pièce de (In memoriam Monteverdi) et l’Ego flos campi de qui fait écho au motet éponyme de Monteverdi, dans lequel la phrase musicale s’étire entre les notes tenues des violes et du cornet.

La polyvalence des musiciens permet de proposer au public des raccourcis d’opéras faits d’extraits minimalistes où l’essentiel est respecté. Ainsi, la toccata initiale de l’Orfeo de Monteverdi est jouée à quatre et fait beaucoup d’effet. Le dialogue de L’Euridice de Peri, chanté avec le seul accompagnement de la basse de viole d’Aude-Marie Piloz qui réalise les accords du continuo, nous rappelle que la viole est un instrument polyphonique. Le Duo Seraphim des Vêpres de Monteverdi est un autre moment d’émotion : deux violes, deux violons, deux chanteurs (dont l’un joue en même temps la viole), et tout est là. La belle voix de ténor de fait preuve d’une grande sensibilité et d’une technique très sûre dans les extraits de l’Orfeo. Quant à la mezzo-soprano , à la belle présence scénique, elle sait nous émouvoir dans le célèbre Lamento d’Arianna, malheureusement raccourci ; et elle est particulièrement bouleversante dans l’air Adio Roma de l’Incoronazione di Poppea.

Passer d’un instrument à l’autre, chanter en s’accompagnant à la viole ou à la guitare : ces cinq jeunes musiciens s’appuient sur une technique si solide qu’ils donnent l’impression que tout cela est facile à réaliser. C’est là le summum de l’art.

Crédit photographique : © Pablo Ruiz