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Saint-Saëns par Yoann Tardivel sur un orgue bordelais

nous révèle au travers d’un choix de pièces, que Saint-Saëns fut aussi un maitre de l’instrument roi.

, pianiste renommé, fut aussi organiste à l’église de la Madeleine à Paris ainsi qu’à l’église Saint-Séverin où John Abbey venait de reconstruire l’orgue en 1889 sur des principes romantiques, tout en réutilisant des jeux plus anciens. C’est sans doute ce qui plaisait à Saint-Saëns qui mêlait avec bonheur ces couleurs « vieille mode » et d’autres plus contemporaines, au cours de nombreuses improvisations.

Pour cet enregistrement, a choisi un orgue qui se rapproche de l’esprit de celui de Saint-Séverin à l’époque où l’auteur fréquentait ses claviers. Il s’agit de l’instrument qui se trouve dans l’église Saint-Michel à Bordeaux. Construit au XVIIIᵉ siècle par Jean-Baptiste Micot, l’un des plus grands facteurs de son temps, il fut reconstruit en 1869 dans le superbe buffet original par la firme Merklin-Schültze qui conserva cependant quelques jeux anciens, malgré une esthétique résolument tournée vers le symphonisme. La photo en noir et blanc du buffet rouge et or qui se trouve dans le livret explicite complètement la transformation du XIXᵉ siècle.

Dans la production finalement abondante de Saint-Saëns dédiée à l’orgue, Yoann Tardivel a judicieusement choisi des œuvres qui résument l’art du compositeur en la matière. Trois Fantaisies dont la première évoque bien le mariage heureux de l’ancien temps et du moderne : évocations à Bach mais aussi à Lefébure-Wély, son prédécesseur à la Madeleine. Il fallait un génie comme Saint-Saëns pour réussir ces « goûts réunis ». La Fantaisie n° 2 0p. 101 s’inspire du piano romantique montrant le chemin d’un orgue tourné vers le concert. On a l’impression d’écouter une improvisation où l’orgue se plie à toutes les exigences de l’interprète. La Fantaisie n° 3 0p. 157, toute en demi-teintes, s’inspire de ses maitres Franz Liszt et César Franck. Elle exprime avec sobriété et émerveillement une rêverie délicate et tendre. Les Sept improvisations 0p. 150 sont des œuvres tardives. Elles résument l’art d’un compositeur pour qui l’orgue fut un instrument de prédilection. De nombreuses compositions y compris dans d’autres domaines trouvèrent leur origine au travers de ces moments liturgiques où le musicien se laissait aller librement à son inspiration du moment. L’auteur eut le courage de transcrire sur le papier ces instants de liberté qui demeurent les témoins d’une pratique ancestrale, caractéristique de l’école française de l’orgue.

Grâce à ce disque, la musique de Saint-Saëns s’écoute avec curiosité et satisfaction. Les sonorités de l’orgue, captées à distance reflètent bien l’ambiance du temps du compositeur. Yoann Tardivel par un jeu libéré de tout maniérisme ainsi que par un art savant de la registration et des couleurs, permet à ces textes de resplendir pleinement. Il nous signale même dans le livret qu’il a employé sans complexe un jeu à anche libre rappelant le timbre de l’harmonium, en guise de clin d’œil à qui adorait cet instrument. L’auditeur est comblé.