ResMusica - Musique classique et danse
- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Début d’intégrale Bruckner par Gergiev à Saint-Florian

Chef titulaire de l’ depuis 2015, ne pouvait pas ignorer Bruckner tant ce compositeur est lié à l’histoire de cet ensemble. Les cinq premiers volumes d’une intégrale des symphonies entreprise dans la basilique de Saint-Florian (où est enterré Bruckner) paraissent dans le label maison MPHIL.

L’ est, avec celui de Vienne, l’un de ceux qui ont le plus compté dans l’histoire des symphonies de Bruckner. À sa tête, le grand compositeur et chef d’orchestre Siegmund von Hausegger révéla dans les années 1930 les symphonies dans leurs versions authentiques, mettant ainsi fin à l’exécution des révisions et réorchestrations dues aux élèves de Bruckner. Son successeur, Oswald Kabasta, fut pendant son bref règne un brucknérien exceptionnel. Après la guerre, l’orchestre avait débuté une intégrale des symphonies avec Rudolf Kempe qui s’annonçait comme passionnante mais qui fut interrompue par la mort prématurée du maestro. Enfin, c’est avec Celibidache, bien sûr, que les affinités entre la phalange bavaroise et le maître de Saint-Florian entrèrent dans la légende de l’interprétation.

Marqués à jamais par ces extases, les successeurs du génie roumain s’essayèrent à leur tour, avec des fortunes diverses, à entretenir la flamme brucknérienne. Le plus convaincant fut certainement Thielemann mais la brièveté de son mandat ne laisse que quelques témoignages au disque. Parallèlement, quelques concerts mémorables ont témoigné de la rencontre fructueuse entre l’orchestre et Günter Wand comme chef invité. Nommé en 2015, le boulimique Gergiev ne pouvait donc pas ignorer Bruckner, après avoir gravé les cycles Mahler et Chostakovitch avec ses autres orchestres. En 2015, une Symphonie n°4 captée à la philharmonie de Gasteig ne convainquait qu’à moitié, mais le projet de graver toutes les symphonies à Saint-Florian avait germé.

Les cinq volumes disponibles enregistrés en 2017 et 2018 se révèlent assez inégaux. Négligeant les progrès de la musicologie accomplis depuis plus de trente ans, Gergiev choisit l’édition Nowak avec toutes les coupures autorisées, ce qui mutile profondément la Symphonie n°2, expédiée de surcroît de façon peu imaginative. On retrouve ces à-peu-près dans une Symphonie n°1 particulièrement lourdaude, alors qu’il s’agit de la symphonie la plus véhémente du cycle brucknérien. La trépidante coda du premier mouvement piétine pesamment au lieu de d’élancer fiévreusement. Après ces deux volumes à oublier, les choses s’améliorent dès la Symphonie n°3, il est vrai plus immédiatement prenante par son grand thème initial qui séduisit Wagner. Même si, là encore, le choix de la version ultime de 1889 n’est pas celui qui rend le mieux justice à l’œuvre, Gergiev (par ailleurs wagnérien exceptionnel) est plus à son aise dans l’héroïsme de cette partition qu’il restitue avec grandeur. Ce sont surtout les deux dernières symphonies qui convainquent pleinement, le chef russe parvenant à y déployer une réelle majesté à la fois dans les vastes architectures des grands allegros et dans l’intensité des immenses et méditatifs mouvements lents. La n°8 en particulier est une véritable réussite. Malgré la traditionnelle absence du finale inachevé, la n°9 atteint elle aussi une réelle émotion culminant dans le bouleversant Adagio.

Bilan mitigé donc pour cette demi-intégrale (ne doutons pas que la suite ne nous parvienne vite, connaissant la frénésie d’enregistrements du maestro). Au jeu des comparaisons entre les cycles en cours, ces CD valent toutefois bien ceux, au vrai peu enthousiasmants, de Nelsons à Leipzig (DG). Mais à tout prendre, les interprétations du chef français Rémy Ballot également à Saint-Florian (Gramola) s’avèrent infiniment plus intéressantes et personnelles, en dépit des limites d’un orchestre de circonstance sans doute moins aguerri mais plus enthousiaste.