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Philippe Herreweghe sur les Crêtes siennoises

enchante les collines de Toscane entre Asciano et Castelmuzio.

18 ans déjà que a créé le festival des Crete senesi, à une trentaine de kilomètres au sud-est de Sienne, entre Asciano et Castelmuzio. Une semaine intense avec les plus grands des musiciens et de jeunes talents parfaitement choisis. Cette année encore, pendant les six jours de musique, des artistes comme Peter Wispelwey, Nelson Goerner, et lui-même, dirigeant son Collegium avec les chanteurs et instrumentistes réunis spécialement pour interpréter les deux œuvres de au programme.

et à l’église San Francesco d’Asciano

La Belle Meunière, est un cycle de vingt Lieder composés par Schubert sur des poèmes de Wilhelm Müller. Le ténor allemand Christoph Prégardien a chanté des centaines de fois cette œuvre emblématique du romantisme : un garçon meunier tombe amoureux de la fille de son maître, « la belle meunière », qui lui préfère un chasseur. Prégardien incarne à merveille le naïf entiché de sa belle. Il raconte chaque lied comme un « dramuscule » un mot qu’il a inventé spécialement, modulant sa voix tout en douceur, lumineuse, éclatante quand il le faut.

Il s’adresse au public et le prend à témoin de l’aventure qu’il revit, des débuts joyeux de l’amour jusqu’à sa fin désolante. Ses mouvements, ses gestes et ses expressions faciales sont celles d’un acteur de théâtre, et il adapte parfois le tempo de certains couplets pour un effet plus expressif, plus émouvant. Le pianiste , partenaire réactif, suit le ténor même lorsque celui-ci parfois s’écarte un peu de la partition.

Proche de Philippe Herreweghe, Christoph Prégardien dirigera en décembre 2019 le dans l’Oratorio de Noël de Bach pour une tournée en Belgique et en Espagne.

à Sant’Anna in Camprena

Lors deux soirées de musique austère et pourtant expressive, émouvante et poétique, le chef d’orchestre cisèle la partition, jouant de ses chanteurs comme d’instruments de précision. On se souvient particulièrement de et , deux voix de sopranos très pures, aigües comme des lames, et de la basse veloutée et fougueuse de . Tous sont techniquement sûrs, sensibles et attentifs aux textes dont ils articulent chaque mot.

Johannes Schütz est considéré à juste titre comme le plus grand compositeur de langue allemande du premier baroque. Sa culture luthérienne fait qu’on le croit souvent austère, d’autant qu’il a composé dans le contexte des horreurs de la Guerre de Trente Ans.

Joué le 30 août, l’ensemble de madrigaux O primavera est tout différent. Composé à Venise où Schütz étudiait avec Giovanni Gabrieli, il fait partie de son premier opus publié, un travail d’étudiant (il avait 26 ans), écrit pour les quatre voix de soprano, alto, ténor et basse. Les six chanteurs parlent du printemps, de la douceur et de la tristesse de l’amour accompagnés du théorbe langoureux de Matthias Spaeter.

Le 2 août nous entendions les Psaumes de David, auxquels Schütz a travaillé pendant trois ans, sa deuxième œuvre publiée, datée du jour de son mariage avec Magdalena Wildeck le 1er mai 1619.

Les Psaumes de David forment un recueil de 26 œuvres de musique sacrée, sur des traductions en allemand de tirées le plus souvent du livre des Psaumes, pour chœurs et instruments. Schütz est un innovateur, l’un des passeurs vers l’Allemagne du style à l’italienne qu’il intègre à l’esthétique luthérienne. Après ses études à Venise, devenu maître de chapelle du Prince-électeur de Saxe à Dresde, Schütz fait passer l’acquis de ces années de formation dans sa musique et particulièrement dans ses Psaumes de David.

Herreweghe sait en faire resplendir chaque phrase, écho de la ferveur populaire de l’époque, et il fait aussi ressortir l’intimité spirituelle des versets. La grande clarté des voix et l’expressivité des chanteurs servent parfaitement l’intelligence du texte, amplifié et multiplié par la profondeur des harmonies entrelacées sous la haute voute de Sant’Anna.

Comme à son habitude, Philippe Herreweghe dirige avec une énergie qui frise l’urgence, une précision qui cisèle le chant et donne à la musique une immédiateté et une émotion rares. Fidèle au compositeur, il met en valeur le sens des mots qui commande l’interprétation des chanteurs, contrôle chaque inflexion, intonation, phrasé, pour exprimer pleinement et fidèlement le texte tout en créant un ensemble homogène où les différents registres ont leur juste place. Légers fils d’or de cette voluptueuse broderie aérienne, les deux voix de soprano s’envolent et illuminent l’ensemble.

Deux chœurs, tout en finesse, reprennent et enrobent les phrases, les envoient dans l’espace sacré de l’église comme ces notes de musique que certains peintres faisaient sortir de la bouche des angelots. Une harmonieuse beauté et une poésie contagieuse, un réconfort qui dure longtemps encore.

Crédits photographiques : © Michael Hendrickx ; © Frederick Dhondt