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Michael Sanderling relève avec panache le défi d’une intégrale Chostakovitch

L’intégrale des symphonies de par  et l’ retient l’attention.

Les volumes de cette intégrale étaient parus séparément, dans un couplage inédit et intéressant avec les symphonies de Beethoven. Malgré le nombre impressionnant d’intégrales des symphonies de Chostakovitch, celle de (l’un des fils de Kurt Sanderling, qui dirigea le Philharmonique de Leningrad conjointement avec Mravinski de 1942 à 1960) séduit par son intelligence. En effet, il réussit à transmettre la complexité de l’œuvre tout en préservant, la plupart du temps, sa dimension narrative.

La finesse de l’ dont Michael Sanderling est le chef principal depuis 2010 et qu’il quitte cette saison, est mise en scène (au sens premier de l’expression) avec beaucoup de personnalité. Plutôt que de jouer sur l’impact physique comme le font la plupart des chefs russes, ou sur l’opulence encore postromantique des formations occidentales, Sanderling creuse ses interprétations dans une dimension plus volontiers chambriste.

Dans la Symphonie n° 1, la souplesse de la pulsation rythmique et la définition de la polyphonie traduisent avec saveur le caractère provocateur et néoclassique de l’œuvre. Les Symphonies n° 2 et n° 3 jouent habilement des échelles dynamiques, des clusters, des solos, qui sont plus habilement contrôlés que les effets vocaux de masse. Un peu raide dans sa construction, la Symphonie n° 4 bénéficie toutefois de solistes impeccables notamment dans les bois. D’une polyphonie tout aussi chargée, d’inspiration plus mahlérienne encore, la Symphonie n° 10 est de belle facture. Sanderling sait exploiter les tensions longues et mettre en valeur les jeux rythmiques. Il clarifie les attaques même s’il manque la dimension démoniaque et implacable d’une partition qui ne laisse aucune place à la lumière. Bien que sa discographie soit considérable, la Symphonie n° 5 enthousiasme par son énergie juste et un lyrisme chantant. Voilà une conception personnelle dans laquelle brillent des vents somptueux. La fluidité de la direction se retrouve dans la Symphonie n° 6 au caractère un peu trop contenu alors que la Symphonie n° 9 est plus investie dans ses climats de fanfares et d’ironie mêlées. Tout aussi réussie, la Symphonie n° 15 s’appuie sur des pupitres lumineux, du violon solo aux cuivres. Il y a beaucoup d’esprit, d’humour et de sarcasme dans cette œuvre truffée de clins d’œil, de pastiches et d’autocitations. Même l’interprétation de la Symphonie n° 12 “l’Année 1917” (la partition certainement la moins intéressante du cycle) est valorisée par un jeu subtil des timbres. Toute dimension historique semble en avoir été extraite. Pris dans des tempi très lents, le premier mouvement de la Symphonie n° 8 imprime une atmosphère que l’on retrouve à l’identique dans le finale. Par contraste, l’Allegretto et le Presto jouent moins d’une expressivité implacable que de la description d’une géniale mécanique sonore. Les plans sonores sont tout aussi habilement décantés dans la Symphonie n° 14. La magnifique prise de son nous place au cœur de l’orchestre et d’un dialogue superbe entre la basse et la soprano . Ils pensent l’œuvre comme une succession de lieder chambristes. Michael Sanderling en est un accompagnateur hors-pair.

Nous sommes moins séduit par d’autres symphonies parce que leur interprétation nous parait plus distante. Cela devient préjudiciable dans le cas de la Symphonie n° 13. La conception de Sanderling décante la masse sonore pourtant considérable. La voix de , beaucoup trop légère, ne traduit pas assez la terreur, le dégoût de la férocité humaine. Malgré la superbe concentration des pupitres de l’orchestre, la grandeur de la partition qui doit tant à son modèle moussorgskien, n’est pas accomplie. Dans la Symphonie n° 7, le drame est trop évacué dans l’immense crescendo. Pour autant, l’Allegro non troppo au tempo respecté à la lettre est convaincant. La Symphonie n° 11 paraît peu narrative malgré un Tocsin conclusif bien mené.

L’intégrale de Michael Sanderling se caractérise par la clarté et la richesse des timbres. L’ensemble impressionne par sa rigueur et sa musicalité.