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L’archet inspiré d’Anastasia Kobekina pour Chostakovitch et Weinberg

Associer l’un des grands concertos russes pour violoncelle du XXe siècle avec une pièce attachante de Weinberg puis une récente partition de Kobekin est une excellente idée. Qui plus est, bien défendue par les interprètes, en particulier la jeune .

Il existe parfois des rencontres décisives entre des interprètes et un compositeur. Pour Chostakovitch, il est indéniable que ses collaborations avec le chef d’orchestre Evgeny Mravinsky, le violoniste David Oïstrakh et le violoncelliste Mstislav Rostropovitch revêtent une importance considérable dans sa production musicale. Chostakovitch accorda sa confiance au jeune violoncelliste qui, dans le passé, avait étudié la composition et l’instrumentation dans sa classe au Conservatoire de Moscou. Il lui dédia son Concerto pour violoncelle n° 1. En retour, Rostropovitch lui fît la surprise de l’apprendre par cœur en quatre jours ! C’est par conséquent à Rostropovitch – et à sa petite dizaine de gravures de l’œuvre – que l’on songe en écoutant cette œuvre.

À 24 ans, , formée à Moscou puis actuellement à Berlin, possède une solide technique et un fort tempérament. Captée sur le devant de la scène et d’un peu trop près, au point que sa respiration devient envahissante (plus encore dans Weinberg), la soliste relance sans cesse le dialogue lorsque gonfle la voix de plus en plus prenante du cor solo. Elle a bien saisi l’ironie de l’écriture, jouant au maximum sur les attaques avec une vivacité subtile de l’archet. Elle compense ainsi l’absence – toute relative – d’un impact plus physique chez ses confrères masculins. Du côté de l’orchestre, on aurait aimé un accompagnement plus anguleux et des pupitres de cordes davantage lyriques dans le second mouvement dont le développement fait écho à la Symphonie n° 10. Le troisième mouvement est particulièrement réussi. Il s’apparente à une gigantesque et diabolique cadence, sorte de conte russe dont Anastasia Kobekina préserve la cohérence narrative. L’humour féroce du finale enchaîné est bien mis en scène. Si Mstislav Rostropovitch, Truls Mörk et Natalia Gutman restent incontournables dans ce concerto, la discographie plus récente offre nombre d’excellentes versions dont la présente. En effet, elle rejoint celles de Müller-Schott avec Kreizberg (Orfeo) et de Nicolas Alstaedt avec Michal Nesterowicz (Channel Classics).

Datée de 1953, la Fantaisie pour violoncelle et orchestre de Weinberg fut d’abord conçue pour violoncelle et piano. Le titre de “ballade” serait plus adapté à cette partition ample et d’une grande beauté mélodique. L’écriture multiplie les arabesques, les dialogues (flûte et violoncelle, notamment), les danses recréées d’un folklore imaginaire avec un sentiment de liberté et d’espace inassouvi. Voilà une lecture marquante bien que moins chargée de gravité que celle de Claes Gunnarson et de l’Orchestre symphonique de Göteborg dirigé par Thord Svedlund (Chandos). Elle est toutefois d’un confort d’écoute supérieur au premier enregistrement, celui d’Alla Vasilieva et de Rudolf Barshaï (Melodiya).

Le disque se conclut avec l’humour de Bacchants (2018) – il s’agit du premier enregistrement de l’œuvre de , père de la soliste – dont les ornements de la percussion et des bois font swinguer ce divertissement. Il serait une ouverture de concert idéale.

Un disque bien pensé.