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Masaaki Suzuki offre un Bach nouveau à l’orgue de Freiberg

Rendu célèbre par une intégrale des cantates de Bach, le chef est également un organiste de tout premier plan. Élève de Ton Koopman, il propose ici un volume 3 de pièces pour orgue sur le mythique instrument historique de la cathédrale de Freiberg, au travers d’une approche personnalisée.

Retrouver l’orgue de la cathédrale de Freiberg peut constituer un évènement, surtout lorsqu’il est utilisé de manière intelligente. Tout est une question de couleurs, de registrations, de climats, tels que Bach nous les montre dans ses cantates. L’orchestration baroque explose avec ce compositeur de génie qui établit de nouveaux codes, subtils au possible. Plusieurs instruments de l’orchestre peuvent se succéder dans une même phrase musicale, des articulations différentes peuvent apparaitre entre le chœur et les instruments jouant à l’unisson etc. Autant de pistes exploitables à l’orgue et qui élèvent, au delà du sempiternel plein-jeu d’un bout à l’autre des œuvres, résolvant ainsi tout problème lié à une quelconque recherche. On ne sait pas comment Bach utilisait les orgues, mais les très rares indications de registration qu’il a laissées montrent combien il était ingénieux et amoureux de la couleur. Les instruments offraient une palette sonore exceptionnelle comme le montre l’orgue de Freiberg. Il n’y a qu’à se servir dans la profusion de jeux mis à la disposition de l’interprète, répartis sur quatre plans sonores. De plus, Gottfried Silbermann fut influencé par ses cousins alsaciens et connut les caractéristiques de l’orgue classique français, riches en contrastes et en jeux d’anche rutilants.

joue cette carte là avec une grande réussite. De plus il adopte un toucher vivant et profond qui fait sonner l’orgue de manière tour à tour puissante ou délicate. Comme le disait Michel Chapuis, un autre spécialiste de Bach, il est difficile de se dégager de tout le passé romantique et néo-classique dans l’interprétation de Bach pour retrouver avec justesse les intentions baroques de cette musique. La musique y gagne en respirations, en ambiances orchestrales et vocales. Le meilleur exemple du disque est la Passacaille en ut mineur présentée comme une grande arche où chaque variation apporte ses couleurs et ses climats. Le thème énoncé sur le principal 16 de pédale en façade évoque la contrebasse d’orchestre et ses coups d’archet bien distincts. Cet orgue, que Bach joua lui-même, nous est parvenu miraculeusement dans un état quasi original, seul le tempérament (manière d’accorder les différents intervalles dans l’octave) a été modifié à plusieurs reprises au gré des goûts et des modes. Actuellement, il a été réglé de manière à pouvoir satisfaire correctement le système harmonique de Bach, tel que ce dernier le souhaitait, suite à ses conversations animées avec son ami facteur d’orgue.

Les œuvres de ce disque sont connues et déjà enregistrées des centaines de fois, mais Masaaki Suzuki nous en livre une lecture nouvelle, comme un tour de force. Il faut signaler aussi la prise de son multicanale sur un support SACD, réalisée avec soin et qui a su capter l’orgue de manière équilibrée et présente, ce qui est rare et souvent absent dans les autres enregistrements de cet instrument historique, perçu de trop loin… Après un premier volume remarqué enregistré à Groningen et un deuxième au Japon, on attendra la suite de ce chemin initiatique, à l’image d’un sillon gravé profondément par le maître Suzuki.