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Splendeur des ballets de Manuel de Falla avec Pablo Heras-Casado

Pour son nouveau disque, restitue l’éclat du Tricorne et de L’Amour sorcier.

À la tête du , le chef espagnol favorise la vivacité du rythme, des contrastes dynamiques et un usage modéré du vibrato chez les cordes, hypnotisant par une sonorité cristalline et la netteté des attaques. Dans une ambiance chaleureuse et détendue, leur agilité et la douceur de la harpe se mêlent à la densité et la lucidité des cuivres. Il en découle une fraîcheur se traduisant par la variété des couleurs et la virtuosité qui s’accompagnent de l’intensité, sans oublier, là où ceci s’inscrit dûment dans l’espace de la narration, la mise en lumière de la poésie, comme dans la Danza de los vecinos du Tricorne.

Créé par les Ballets russes sous la direction d’Ernest Ansermet, et avec décors, costumes et rideau conçus par Picasso, Le Tricorne allie habilement esprit ibérique, tenue classique et quête d’innovation. Dans l’interprétation donnée par Heras-Casado, ces éléments clés sont sublimés en nous faisant réaliser à quel point la façon d’aborder cette composition par Seiji Ozawa a vieilli. En comparaison directe, l’exécution du Japonais, encore que d’une vitalité enivrante et d’une articulation gracieuse, est ternie par un vibrato excessif des cordes. Chez , en revanche, chaque morceau de la mosaïque paraît primesautier, y compris la courte intervention vocale de dans l’Introduction vigoureusement ponctuée de salves enthousiasmantes et festives des castagnettes, timbales, trombones et trompettes. Une petite réserve pour la Danza del corregidor, probablement le mouvement le plus difficile musicalement de cette œuvre, pour laquelle on aurait aimé percevoir davantage de verve et de distinction, notamment un dialogue plus raffiné entre les violons et les bois.

En ce qui concerne L’Amour sorcier, la lecture proposée par Heras-Casado est dénuée de fausse sentimentalité et marquée du sceau de la sévérité, voire, par instants, de la brutalité. Riche en demi-teintes, ce discours laisse une sensation de sécheresse qui, peut-être paradoxalement, assure à la prestation un cachet de modernité. L’intonation expressive de Marina Heredia, l’une des plus grandes cantatrices actuelles du flamenco, dégage une émotion irrésistible qui correspond idéalement au caractère incantatoire de la partition. Un peu rauque, délibérément non-opératique et toutefois pleinement captivante, cette voix nous fait penser à l’Espagne d’autrefois : peuplée de Gitans et donc envoûtée par une sorte de réalisme merveilleux et baignée d’ambiances qui semblaient jusqu’alors insaisissables, mais qui, sous la baguette de Heras-Casado, sont bien au rendez-vous.

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