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Ferdinand Ries, petit frère de Beethoven

Celui qui a toujours vécu dans l’ombre du tourmenté Ludwig van Beethoven voit aujourd’hui sa musique franchir les barrières du temps et s’imposer dans le répertoire. Ainsi s’accomplit le fabuleux destin de .

Musicien né à Bonn, pianiste concertiste, parcourt l’Europe à la recherche d’une reconnaissance, en vain. C’est à Londres qu’il trouve enfin le succès. Il s’installe d’ailleurs une dizaine d’années en Angleterre où sa notoriété lui permet d’occuper le poste de directeur de la Philarmonic Society of London.

Si Ferdinand Ries est régulièrement épinglé dans l’histoire de la musique pour avoir été l’élève et l’ami de Beethoven, il n’en demeure pas moins un compositeur digne d’une lignée de grands. Il écrit beaucoup pour le piano et Franz Liszt participera à la notoriété de sa musique en jouant certains de ses concertos. Par ailleurs, au-delà de ses huit symphonies, Ries s’intéressa tout particulièrement à la musique de chambre, cordes et vents confondus. Dans cet enregistrement, l’emploi de la flûte (Trio op. 63) préfigure les textures orchestrales à venir où vents et cordes dialoguent à cœur égal.

Les œuvres de ce disque correspondent pour la plupart à la période anglaise du compositeur, où de longues lignes, lyriques et élégantes, nous tracent un chemin passionné. Si Ries a été occulté par la stature de Beethoven, sa musique n’en témoigne pas moins d’une large palette d’affects, d’une profondeur inspirée, qui rappelle il est vrai irrésistiblement l’ombre du Commandeur. Ferdinand Ries est moins tourmenté, moins acerbe, mais cela reste magnifiquement écrit pour le violoncelle. , d’une dextérité sans faille, joue parfaitement avec les articulations et les niveaux narratifs. Lyrique et virtuose, sans pathos, il met en évidence les contrastes qui subsistent entre tradition classique et passion romantique. Un jeu d’archet plein d’air et de consonnes, expressif dans les chants et espiègle dans les positions hautes de l’instrument. , au piano, tel un partenaire idéal, joue un instrument qui semble directement sorti du salon de Ries. Son jeu, d’une percussion lumineuse, s’inscrit dans une tradition beethovénienne où le dialogue dépasse de loin la simple discussion.

Cet enregistrement témoigne du pouvoir créateur de l’interprétation capable de plonger l’auditeur dans une douce rêverie introspective. La musique de Ries nous rend témoin d’un échange qui restitue toute la résonance de la transmission, de la tradition. En même temps, Ries est tout sauf un perroquet. C’est d’abord un authentique compositeur, d’une sobriété élégante et convaincante. Le plaisir des musiciens est palpable, le résultat est cristallin.